Pourquoi les géants pétroliers abandonnent progressivement la France

Shell, BP, Esso : pendant des décennies, les géants pétroliers faisaient partie du paysage industriel français. Aujourd’hui, ils réduisent discrètement leur présence, ferment des activités ou se retirent totalement de certains secteurs. 

Le phénomène est d’abord économique. “La priorité est d’investir là où nous pouvons générer les meilleurs rendements”, a déclaré Murray Auchincloss, directeur général de BP, lors de la présentation stratégique du groupe début 2026. Même constat chez Shell. Son patron Wael Sawan expliquait récemment que “l’Europe est devenue l’une des régions les plus difficiles pour le raffinage”. En clair : la France coûte cher et rapporte moins.

Les raffineries françaises subissent plusieurs pressions simultanées : explosion des coûts énergétiques, normes environnementales européennes toujours plus strictes et baisse progressive de la consommation de carburants avec la montée des véhicules électriques. Selon l’Union française des industries pétrolières, la demande de diesel en France a chuté de près de 15 % depuis 2019.

Chez ExxonMobil, maison mère d’Esso, le discours est tout aussi prudent. “Nous évaluons constamment notre portefeuille mondial afin de concentrer nos ressources sur les actifs les plus compétitifs”, indiquait récemment Darren Woods, PDG du groupe américain. Mais derrière ces phrases très corporate se cache une réalité géopolitique plus profonde : le centre de gravité du pétrole mondial a quitté l’Europe.

Aujourd’hui, les acteurs dominants sont surtout les compagnies nationales du Golfe ou d’Asie comme Saudi Aramco, ADNOC ou PetroChina. Les groupes européens tentent donc de se repositionner ailleurs : gaz naturel liquéfié, électricité, renouvelables ou marchés émergents plus rentables. Le paradoxe reste frappant. Alors que la France parle constamment de souveraineté énergétique et de réindustrialisation, certaines des plus grandes entreprises énergétiques du monde considèrent désormais le pays comme un marché secondaire.

Et cela montre peut être une réalité plus brutale : dans l’économie pétrolière mondiale de 2026, la France consomme encore beaucoup d’énergie… mais elle compte de moins en moins dans la stratégie des géants du secteur.

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