Pourquoi Wall Street panique devant l’entrée en Bourse de SpaceX
- Eurosmag
- 23/05/2026
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L’introduction en Bourse de SpaceX n’a même pas encore officiellement eu lieu que Wall Street ressemble déjà à une salle de concert avant l’ouverture des portes.
Selon plusieurs médias financiers américains, l’entreprise d’Elon Musk vise une valorisation comprise entre 1 500 et 1 750 milliards de dollars avec une levée potentielle de 75 milliards. Si l’opération aboutit, il s’agira tout simplement de la plus grande IPO de l’histoire mondiale, loin devant Alibaba en 2014 et ses 25 milliards de dollars levés.
Le plus fascinant est que cette euphorie dépasse largement le secteur spatial. Les grandes banques de Wall Street se battent littéralement pour participer à l’opération. Goldman Sachs, Morgan Stanley, Bank of America et plus de vingt banques d’investissement seraient impliquées dans la préparation du dossier. Mais derrière cette bataille financière se cache surtout une réalité plus profonde : SpaceX est devenu beaucoup plus qu’une entreprise de fusées.
Aujourd’hui, le cœur économique de SpaceX s’appelle Starlink. Le réseau satellitaire représente désormais la majorité des revenus du groupe et transforme progressivement SpaceX en infrastructure mondiale de télécommunications. Internet dans les avions, zones rurales, Ukraine, armées occidentales, navires, entreprises : Musk contrôle déjà une partie croissante des communications mondiales via ses satellites.
Et maintenant, l’entreprise veut encore aller plus loin. Le prospectus de l’IPO évoque des projets mêlant intelligence artificielle, centres de données spatiaux, infrastructures lunaires, tourisme spatial et même exploitation minière d’astéroïdes. Cela paraît presque absurde, mais c’est précisément ce qui excite les investisseurs. Parce que SpaceX vend moins un business traditionnel qu’une vision totale du futur.
Le problème est que cette vision repose encore énormément sur Elon Musk lui même. Les documents financiers révèlent qu’il conserverait plus de 85 % des droits de vote après l’introduction en Bourse. Autrement dit, les investisseurs achèteraient une entreprise cotée… dont le contrôle resterait presque entièrement entre les mains d’un seul homme.
Et malgré cette domination, Wall Street semble prêt à tout accepter. Même les pertes gigantesques ne freinent pas l’enthousiasme. SpaceX aurait généré environ 18,7 milliards de dollars de revenus en 2025 tout en enregistrant près de 5 milliards de pertes nettes à cause de ses investissements massifs dans l’IA et les infrastructures orbitales.
Le parallèle avec Tesla est évident. Pendant des années, les marchés ont accepté des valorisations jugées irrationnelles parce qu’ils ne voyaient pas Tesla comme un constructeur automobile classique mais comme un pari sur le futur. SpaceX semble aujourd’hui bénéficier exactement du même phénomène psychologique. Et cela crée une situation étrange : Wall Street ne sait plus vraiment comment valoriser l’entreprise. Ce n’est ni une société spatiale traditionnelle, ni une entreprise internet classique, ni un groupe d’intelligence artificielle pur. SpaceX mélange satellites, défense, télécommunications, IA, cloud spatial et ambitions martiennes dans une seule structure gigantesque. Le résultat ressemble presque à un fonds spéculatif sur le futur de l’humanité.
Le plus intéressant est peut être ailleurs. L’IPO de SpaceX arrive au moment précis où les marchés américains cherchent désespérément un nouveau récit technologique après l’explosion de l’IA. OpenAI, Anthropic ou Stripe préparent aussi leurs introductions. Mais aucune de ces entreprises ne possède la puissance narrative de SpaceX. Car acheter SpaceX, ce n’est pas seulement investir dans des satellites ou des fusées. C’est acheter une partie du mythe Elon Musk lui même.
Et Wall Street adore les mythes lorsqu’ils promettent des milliers de milliards.
Photo : Spacex.com

