Madison Beer n’est plus seulement une fille d’internet
- Eurosmag
- 23/05/2026
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Vendredi soir à l’Adidas Arena, Madison Beer est montée sur scène comme une artiste qui n’a plus rien à prouver. Pendant longtemps, une partie du public l’a regardée à travers un filtre extrêmement réducteur : jolie fille d’internet, influenceuse devenue chanteuse, mannequin Instagram avec quelques chansons mélancoliques. Pourtant, après plusieurs années de travail souvent sous estimé, Madison Beer commence enfin à occuper une place beaucoup plus légitime dans la pop contemporaine. Et ce concert parisien le confirme clairement.
Son histoire reste assez unique dans la pop moderne. Madison Beer est découverte à seulement 13 ans après qu’une reprise publiée sur YouTube attire l’attention de Justin Bieber, qui partage alors sa vidéo à ses millions d’abonnés. Du jour au lendemain, elle devient un phénomène internet adolescent. Mais cette visibilité immédiate devient aussi un piège. Pendant des années, sa carrière musicale semble constamment éclipsée par son image, son physique ou sa présence sur les réseaux sociaux. Comme si le public refusait d’imaginer qu’une femme perçue comme “instagrammable” puisse aussi être une vraie artiste pop.
Pourtant, depuis Life Support puis Silence Between Songs, Madison Beer construit discrètement un univers musical extrêmement cohérent. Et son nouvel album Locket pousse encore plus loin cette direction. Il y a quelque chose de magnétique dans cet album, mais d’une manière très calme. Locket n’arrive pas comme une énorme réinvention marketing cherchant à choquer ou à “casser internet”. L’album existe simplement avec douceur et confiance, presque comme un secret partagé entre Madison et son public. Et c’est précisément ce qui le rend fort. Le plus intelligent est qu’elle ne cherche pas à se transformer radicalement juste pour paraître nouvelle. Beaucoup de pop stars féminines semblent aujourd’hui condamnées à changer totalement d’identité à chaque album pour rester intéressantes. Madison Beer refuse cela. Locket garde la même sensibilité rêveuse, mélancolique et romantique que ses précédents projets, mais avec davantage de maturité et de maîtrise.
L’album possède quelque chose de presque féerique. Les synthés brillent doucement, les refrains semblent flotter, et Madison transforme constamment la tristesse en quelque chose de beau. Des morceaux comme “Make You Mine”, énorme succès viral de l’album, ou encore “Locket theme”, “healthy habit” et “bittersweet” construisent un univers très féminin, très romantique, presque irréel par moments. Et cette esthétique se retrouve totalement sur scène.
Comparée à ses anciennes tournées parfois plus minimalistes, Madison Beer apparaît aujourd’hui comme une artiste beaucoup plus affirmée. La scénographie est ambitieuse : décors lumineux, projections oniriques, changements de tenues constants, danseurs et vraies chorégraphies intégrées au spectacle. Pour la première fois, elle semble pleinement assumer le format “pop star” dans tout ce qu’il peut avoir de théâtral. Mais sans perdre sa proximité avec le public.
C’est probablement ce qui fonctionne le mieux dans le concert. Madison Beer sait parler à ses fans sans donner l’impression de réciter des interactions préparées. Entre deux chansons, elle plaisante, raconte des souvenirs, remercie constamment la salle. L’atmosphère reste étonnamment intime malgré la taille de l’arena.
La setlist mélange intelligemment nouveautés et nostalgie avec “Selfish”, “Reckless”, “Spinnin” ou encore “Baby” aux côtés des morceaux de Locket. Et surtout, les chansons plus anciennes prennent une nouvelle ampleur grâce à la confiance scénique qu’elle a développée. Car c’est probablement cela, le vrai changement. Madison Beer ne semble plus chercher la validation permanente du public ou d’internet. Elle paraît enfin consciente de sa valeur artistique. Et cette confiance transforme complètement sa présence sur scène.
Le plus fascinant est peut être là. Pendant des années, beaucoup ont regardé Madison Beer comme une influenceuse essayant de faire de la musique. Vendredi soir à Paris, elle ressemblait simplement à une vraie pop star.
Photo : ABH
