Groupe Suez : 671 millions de pertes… et un modèle qui commence à se fissurer
- Eurosmag
- 10/04/2026
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671 millions d’euros de pertes. Le chiffre est brutal, mais il est surtout révélateur. En 2025, le groupe Suez a vu sa perte nette tripler, principalement à cause de lourdes dépréciations d’actifs, environ 580 millions d’euros après impôts.
Officiellement, il s’agit d’un ajustement comptable. Des actifs, notamment liés à des secteurs industriels comme la chimie, ont perdu de la valeur dans un contexte économique plus difficile. À cela s’ajoutent des coûts de transformation (129 millions d’euros) et diverses provisions exceptionnelles. Mais réduire cette perte à un simple “nettoyage des comptes” serait une erreur.
Car derrière ces dépréciations, il y a un signal plus profond : certaines activités sur lesquelles Suez s’est construit ne sont plus aussi rentables — voire deviennent structurellement fragiles. Le groupe reste solide sur ses activités historiques, notamment l’eau, mais une partie de son modèle dépend encore fortement de secteurs industriels cycliques. Et quand ces secteurs ralentissent, tout l’équilibre financier vacille.
C’est d’autant plus frappant que, dans le même temps, Suez continue d’afficher une activité massive : 67 millions de personnes desservies en eau potable, 9,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, une présence dans 40 pays. Autrement dit : le problème n’est pas la taille, ni même la demande. C’est la rentabilité. Et ce décalage devient central.
Depuis plusieurs années, le secteur de l’environnement est présenté comme l’un des grands gagnants de la transition écologique. Eau, recyclage, valorisation des déchets : des activités essentielles, supposées résilientes. Pourtant, la réalité est plus complexe. Les marges sont contraintes, les investissements lourds, et la dépendance à certains marchés industriels reste forte.
Dans ce contexte, Suez se retrouve pris entre deux dynamiques. D’un côté, une pression accrue sur ses contrats historiques — notamment en France, où la concurrence avec Veolia reste intense. De l’autre, la nécessité d’investir massivement pour rester compétitif dans des métiers en transformation. Résultat : un modèle sous tension.
Cette perte record ne marque donc pas seulement une mauvaise année. Elle pose une question plus large : peut-on réellement faire de la transition écologique un business stable et rentable à grande échelle ?
Car pour l’instant, chez Suez, la réponse reste incertaine.
Photo : suez.com

