CZ publie ses mémoires : confession sincère ou opération de réhabilitation ?

Changpeng Zhao, alias CZ, ne fait jamais les choses à moitié. Après avoir bâti Binance, la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde, il publie aujourd’hui ses mémoires, Freedom of Money. Un livre présenté comme un récit personnel, mais qui ressemble aussi à une tentative de reprendre le contrôle de son image.

Le timing n’a rien d’anodin. CZ sort de deux années chaotiques : démission forcée en 2023, plaidoyer de culpabilité pour violation des lois anti-blanchiment, amende colossale infligée à Binance, puis quatre mois de prison en 2024 avant une grâce présidentielle en 2025. Et c’est précisément cette séquence qu’il raconte.

Dans le livre, CZ revient sur son parcours : de son enfance modeste en Chine à la création de Binance en 2017, devenue en quelques années une machine mondiale de plus de 300 millions d’utilisateurs. Mais surtout, il ouvre des zones habituellement opaques : négociations avec le Département de la Justice américain, tensions internes à l’industrie, rivalités — notamment avec Sam Bankman-Fried, qu’il décrit comme un “opportuniste sophistiqué”. Le cœur du récit tient dans une idée : la “liberté de l’argent”. Pour CZ, la crypto est avant tout un outil d’émancipation, permettant d’échanger de la valeur sans passer par les États ou les banques. Mais c’est aussi là que le discours devient plus ambigu.

Car cette vision libertaire entre frontalement en contradiction avec la réalité judiciaire qu’il a lui-même traversée. Binance a été accusé d’avoir facilité des flux financiers liés à des activités illégales, allant du blanchiment à des réseaux criminels — accusations auxquelles CZ a partiellement reconnu sa responsabilité. Autrement dit : le livre défend un système que son propre parcours a contribué à fragiliser. Et c’est ce qui rend l’exercice intéressant — mais aussi problématique.

D’un côté, Freedom of Money offre un témoignage rare sur les coulisses de l’industrie crypto : une croissance fulgurante, souvent improvisée, dans un vide réglementaire quasi total. CZ lui-même admet d’ailleurs ne pas toujours avoir eu de vision à long terme, notamment sur certains projets clés comme la BNB Chain. De l’autre, le récit reste profondément maîtrisé. Les zones grises sont abordées, mais rarement frontalement assumées. La responsabilité est diluée dans un contexte global : celui d’une industrie encore jeune, en construction, presque incontrôlable.

Ce livre pose donc une question plus large : est-ce un témoignage… ou une stratégie ?

Dans un secteur marqué par les scandales — FTX, Terra, régulations renforcées — la crédibilité est devenue un enjeu central. Et pour CZ, qui reste l’une des figures les plus puissantes de la crypto malgré son retrait officiel, reprendre la parole est essentiel. Pas seulement pour raconter son histoire. Mais pour réécrire le rôle qu’il y a joué.

Car au fond, Freedom of Money ne parle pas uniquement de liberté financière.

Il parle aussi de pouvoir.

Photo : couverture de Freedom of Money, sorti le 8 avril 2026, 364 pages, aux éditions Freedom of Money Foundation, 12€63