Conan Gray transforme Paris en journal intime géant
- Eurosmag
- 20/05/2026
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Lundi soir à l’Adidas Arena, Conan Gray est apparu sur scène comme il écrit ses chansons : avec une étrange combinaison de vulnérabilité totale et de contrôle absolu. Après une première date parisienne complète en quelques minutes, le chanteur américain a ajouté un deuxième concert le 19 mai. Deux soirs d’affilée à guichets fermés pour un artiste qui, il y a encore quelques années, enregistrait des vidéos seul dans sa chambre sur YouTube.
Le Wishbone World Tour confirme surtout une chose : Conan Gray mérite désormais une vraie place parmi les grandes pop stars de sa génération. Parce qu’il propose un vrai spectacle.
La scène, immense, reprend directement la forme du “wishbone”, cet os porte bonheur en forme de Y devenu symbole visuel de son album. Toute la direction artistique du concert repose sur cet univers : lumières rétro américaines, esthétique mélancolique très années 70, projections cinématographiques et palette de couleurs inspirée directement de Wishbone. Rien ne semble laissé au hasard. Le concert ressemble réellement à une extension physique de l’album.
Et contrairement à beaucoup de tournées pop actuelles assez statiques, Conan Gray utilise constamment cet espace. L’un des moments les plus réussis arrive lorsqu’il avance seul au bout du wishbone pour une chanson surprise acoustique, installé dans un décor de faux feu de camp avec simplement sa guitare. Pendant quelques minutes, l’arena gigantesque retrouve presque l’atmosphère intime de ses débuts sur internet.
Puis le concert replonge immédiatement dans quelque chose de beaucoup plus théâtral. Lors d’un autre segment devenu déjà culte sur la tournée, Conan invite un fan pour casser un véritable wishbone avec lui. Le principe est simple : celui qui récupère le plus gros morceau choisit entre deux chansons affichées à l’écran. À Paris pour la première soirée, la fan a choisi “Doors” face à “The Exit”, déclenchant une explosion dans la salle.
Le public parisien connaît évidemment chaque parole par cœur. “Heather”, “Family Line”, “People Watching” ou “Memories” transforment régulièrement l’arena entière en karaoké émotionnel géant. Mais encore une fois, la réussite du concert dépasse largement la simple setlist. Parce que Conan Gray comprend quelque chose de très intelligent sur la pop moderne : un concert doit aujourd’hui construire un univers complet.
Lui et ses musiciens changent d’ailleurs plusieurs fois de costumes pendant le show, avec au moins cinq looks différents allant du glam rock au western romantique. Toute la tournée assume pleinement son côté dramatique et stylisé sans jamais devenir froide ou mécanique.
C’est probablement ce qui le différencie d’une partie des jeunes artistes masculins pop actuels. Beaucoup remplissent des salles immenses en se contentant presque de chanter devant des écrans géants. Conan Gray, lui, pense encore le concert comme une expérience visuelle et émotionnelle totale.
Le plus intéressant est peut être là. Ses chansons parlent toujours de solitude, de rejet ou d’amours impossibles, mais sur scène, il transforme cette vulnérabilité en véritable spectacle pop. Et lundi soir à Paris, il ne ressemblait plus simplement à une ancienne star internet devenue chanteur. Il ressemblait réellement à une pop star mondiale.
Photo : ABH

