Mondial 2026 : boycott oublié, hypocrisie assumée
- Eurosmag
- 30/03/2026
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En 2022, la Coupe du monde au Qatar avait déclenché une vague de critiques rarement vue pour un événement sportif. ONG, médias, joueurs, supporters : tout le monde parlait de boycott. Conditions de travail, impact écologique, droits humains — le tournoi était devenu un sujet politique global.
Quatre ans plus tard, silence presque total.
La Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis (avec le Canada et le Mexique), ne suscite rien de comparable. Aucun appel massif au boycott, aucune mobilisation structurée, aucune pression médiatique équivalente. Pourtant, les sujets de tension ne manquent pas. Le premier est administratif, mais profondément politique. Les États-Unis imposent des conditions d’entrée de plus en plus strictes. Pour certains pays, notamment en Afrique, l’accès au territoire est déjà compliqué. Des exigences financières élevées — parfois évoquées autour de 15 000 dollars de garantie pour certains profils — ou des refus de visa fréquents posent une question simple : tous les supporters pourront-ils réellement venir ?
Et derrière les supporters, une inquiétude plus lourde apparaît. Les joueurs eux-mêmes. Dans un contexte de durcissement des politiques migratoires, marqué par les opérations de l’ICE et une rhétorique politique très agressive sur l’immigration, la question de l’accueil devient centrale. L’idée même d’un événement “universel” se heurte à une réalité : l’accès au territoire américain n’est pas égal.
Le cas de l’Iran cristallise cette tension. L’équipe est qualifiée. Mais dans un contexte de conflit ouvert entre les États-Unis et l’Iran, les déclarations de Donald Trump — évoquant des conditions de sécurité incertaines pour certains ressortissants — jettent une ombre sur la participation même des joueurs iraniens. On est loin du simple débat sportif. Et pourtant, rien. Aucune mobilisation comparable à celle de 2022. Aucune indignation globale. Comme si les critères avaient changé. Ou plutôt, comme s’ils étaient devenus variables.
Au Qatar, la critique était morale. Aux États-Unis, elle devient géopolitique — et donc beaucoup plus délicate. Critiquer un petit État du Golfe n’a pas le même coût que s’attaquer à une superpuissance occidentale. C’est là que l’hypocrisie apparaît. Les arguments avancés en 2022 — droits humains, accès, universalité du sport — pourraient être appliqués aujourd’hui. Mais ils ne le sont pas. Non pas parce qu’ils ont disparu, mais parce que le contexte politique change la manière dont on choisit de les voir.
Il faut aussi regarder un autre aspect, plus pragmatique, souvent évité dans le débat. Ce type d’événement représente aussi, pour certains États, un risque migratoire. Une Coupe du monde peut devenir une opportunité d’entrée sur le territoire sans garantie de sortie. Une fois sur place, rien n’empêche un individu de disparaître dans la nature. Les autorités américaines ne peuvent donc pas totalement assouplir leurs contrôles sans prendre ce risque. C’est là que se situe le véritable dilemme.
Entre ouverture universelle et contrôle des frontières, la contradiction est structurelle. Mais elle révèle aussi une inégalité difficile à ignorer : pourquoi un supporter africain ferait-il face à plus d’obstacles qu’un supporter européen pour assister au même événement ?
Le football prétend être universel.
Mais ses compétitions ne le sont plus vraiment.
Entre restrictions d’entrée, tensions diplomatiques et inégalités d’accès, la Coupe du monde 2026 pourrait bien être, paradoxalement, l’une des moins accessibles pour une partie du monde.
Sans que cela ne provoque la moindre vague d’indignation.
Et c’est peut-être ça, le vrai tournant.
Le boycott n’a pas disparu.
Il est devenu sélectif.
Photo : Fifa.com

