Temu et Shein : la taxe européenne déjà contournée

Face à l’explosion du commerce en ligne chinois, l’Union européenne tente de reprendre la main. Depuis plusieurs mois, Bruxelles prépare une nouvelle taxe sur les petits colis importés, une mesure visant directement des plateformes comme Temu, Shein ou AliExpress.

Le problème est simple : ces plateformes expédient des milliards de colis à très faible valeur directement vers les consommateurs européens. Jusqu’à présent, les colis d’une valeur inférieure à 150 euros bénéficiaient d’une exemption de droits de douane. Cette règle a permis aux géants chinois de la fast fashion et du e-commerce d’inonder le marché européen de produits à très bas prix. En 2025, 5,8 milliards de colis de faible valeur sont ainsi entrés sur le territoire de l’Union européenne, soit une hausse de 26 % en un an. 

Face à cette explosion logistique, l’Europe a décidé d’imposer une taxe forfaitaire d’environ 3 euros par colis, qui doit entrer en vigueur en 2026. L’objectif est double : rééquilibrer la concurrence avec les commerçants européens et réduire la pression sur les systèmes douaniers. Mais les plateformes concernées n’ont pas attendu l’application de la taxe pour adapter leur stratégie. Temu et Shein ont déjà commencé à modifier leurs chaînes logistiques pour contourner en partie la mesure. L’une des méthodes consiste à expédier les produits vers des entrepôts situés en Europe, puis à les redistribuer localement. Dans ce cas, les colis ne sont plus considérés comme des importations directes depuis la Chine. Une autre stratégie consiste à regrouper les marchandises dans des centres logistiques intermédiaires avant l’expédition finale, ce qui réduit le nombre de colis soumis à la taxation.

Ces adaptations montrent à quel point le modèle économique de ces plateformes repose sur l’optimisation logistique. Temu et Shein fonctionnent avec des marges extrêmement faibles et des volumes gigantesques. Chaque euro de taxe supplémentaire peut donc avoir un impact significatif sur leur compétitivité. Mais la situation révèle aussi une faiblesse plus structurelle des politiques commerciales européennes. Les plateformes numériques évoluent beaucoup plus vite que les régulations. Lorsqu’une taxe est introduite, les entreprises disposent souvent de plusieurs mois — voire plusieurs années — pour adapter leurs structures logistiques et juridiques. Résultat : la mesure censée freiner la concurrence chinoise pourrait avoir un effet plus limité que prévu.

Car au-delà de la taxe, c’est tout le modèle du commerce en ligne mondial qui est en jeu. Les plateformes comme Temu ou Shein reposent sur une production ultra-rapide, une logistique internationale optimisée et des prix extrêmement bas. Face à ce modèle, les taxes douanières peuvent ralentir le phénomène. Mais elles ne suffisent pas à elles seules à transformer les règles du jeu. Et dans cette bataille commerciale silencieuse, l’innovation logistique des plateformes pourrait bien continuer à devancer la régulation européenne.

En taxant les colis la première, la France en a détourné l’acheminement vers l’Espagne et la Belgique où les attendent des camions qui partent une fois l’avion posé. Les aéroport français ont perdu un gros marché. Et l’un d’eux est proche de la faillite.