Brandt et les salariés oubliés

La reprise des actifs de Brandt par le groupe propriétaire de Vente-Unique et Habitat illustre une mécanique devenue presque classique dans l’industrie européenne : sauver les marques et les stocks, mais laisser les salariés derrière.

Le fabricant d’électroménager français, fondé en 1924, a longtemps été l’un des symboles du savoir-faire industriel national. À son apogée, le groupe contrôlait plusieurs marques connues comme Brandt, De Dietrich, Vedette ou Sauter et employait des centaines de personnes en France. Mais après des années de difficultés financières et plusieurs changements d’actionnaires, l’entreprise a finalement été placée en liquidation judiciaire en 2025. La reprise annoncée hier concerne donc essentiellement les actifs économiques : marques, brevets, stocks ou outils industriels. Les salariés, eux, ne font pas partie de l’opération.

Ce type de restructuration n’est pas nouveau. Lorsqu’une entreprise industrielle s’effondre, les investisseurs cherchent souvent à récupérer ce qui peut encore produire de la valeur : une marque connue, un réseau de distribution ou une base de clients. La dimension sociale passe généralement au second plan. Dans le cas de Brandt, la situation est particulièrement révélatrice. Lors du processus de reprise, 36 offres ont été déposées, mais seules quatre incluaient la reprise d’une partie des salariés. Autrement dit, la majorité des repreneurs potentiels ne s’intéressaient qu’aux actifs immatériels ou commerciaux.

Le groupe qui reprend aujourd’hui ces actifs s’inscrit dans une logique industrielle différente de celle qui prévalait autrefois. Son cœur de métier est le commerce en ligne, avec des marques comme Vente-Unique ou Habitat. Dans ce modèle économique, l’essentiel de la valeur se situe dans la distribution et la logistique, beaucoup plus que dans la production. La reprise de Brandt pourrait ainsi permettre de relancer certaines gammes de produits, mais probablement via une production externalisée ou délocalisée, comme c’est déjà le cas dans une grande partie de l’électroménager mondial. Ce choix n’est pas seulement économique. Il reflète aussi une transformation profonde de l’industrie européenne.

Depuis vingt ans, la fabrication d’électroménager s’est massivement déplacée vers l’Asie ou l’Europe de l’Est, où les coûts de production sont plus faibles. Les marques historiques européennes survivent souvent en devenant des labels commerciaux plutôt que de véritables industriels. Brandt pourrait suivre ce chemin.

L’opération rappelle ainsi une contradiction récurrente dans les politiques industrielles européennes. Les gouvernements parlent régulièrement de réindustrialisation et de souveraineté économique. Mais dans la pratique, les restructurations se traduisent souvent par la disparition des emplois industriels locaux, tandis que les marques continuent d’exister sous une forme plus commerciale que productive.

Pour les salariés concernés, la différence est considérable. Une entreprise peut survivre en tant que marque. Une industrie, elle, ne survit que si les emplois et les compétences restent sur le territoire. La reprise de Brandt montre que ces deux logiques ne coïncident pas toujours.

Les mandataires liquidateurs, Marc Sénéchal et Patrick Legra de Grandcourt ont recommandé au juge du tribunal de commerce l’offre de Cafom car elle était juste au dessus financièrement qu’une offre industrielle qui allait créé des emplois; Mais ça il s’en moquent. En outre, ils gagneront plus d’argent avec cette offre. L’Etat n’a rien pu faire. Les régions concernées non plus. 

Crédit photo : IA