Guerre en Iran : l’ombre des chrétiens sionistes derrière la stratégie américaine
Aux États-Unis, un courant religieux exerce une influence considérable sur la politique étrangère : celui des chrétiens sionistes. Derrière ce terme se trouve une vision théologique précise, née au XIXᵉ siècle dans le protestantisme évangélique et appelée dispensationalisme. Selon cette lecture littérale de la Bible, l’histoire du monde suit un plan divin où le retour du peuple juif sur la terre d’Israël constitue une étape essentielle précédant la fin des temps et le retour du Christ.
Pour ces croyants, la création de l’État d’Israël en 1948 n’est pas seulement un événement politique, mais l’accomplissement d’une prophétie biblique. Soutenir Israël devient donc un devoir religieux. Ce courant, longtemps marginal, s’est transformé en une véritable force politique aux États-Unis. On estime qu’entre 25 et 35 millions d’Américains, principalement issus des églises évangéliques, adhèrent à cette vision. Ce bloc religieux constitue aujourd’hui l’un des groupes électoraux les plus mobilisés du pays. Des figures religieuses comme le pasteur John Hagee, fondateur de l’organisation Christians United for Israel, ont contribué à structurer ce mouvement et à en faire un acteur influent à Washington.
Plusieurs responsables politiques américains entretiennent des liens étroits avec ces réseaux, notamment dans le camp républicain. Des personnalités comme Mike Pence, Mike Pompeo, mais aussi les sénateurs Ted Cruz et Marco Rubio ont souvent repris une rhétorique proche de cette vision religieuse d’Israël.
L’origine politique de cette idée remonte toutefois plus loin. En 1917, Arthur James Balfour, alors ministre britannique des Affaires étrangères et ancien Premier ministre du Royaume-Uni, signe la célèbre Déclaration Balfour. Dans cette lettre adressée au mouvement sioniste, le gouvernement britannique affirme soutenir l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine. Cette décision s’inscrit dans un contexte intellectuel où certaines élites protestantes britanniques sont déjà influencées par des lectures bibliques voyant dans le retour des Juifs en Terre sainte un événement inscrit dans l’histoire divine.
Le paradoxe de ce courant est pourtant rarement évoqué. Dans la théologie dispensationaliste, le retour des Juifs en Israël est une étape précédant l’Apocalypse, à l’issue de laquelle ils devront reconnaître le Christ.
Ainsi, derrière un soutien politique très affirmé à Israël se cache une lecture théologique qui dépasse largement la simple géopolitique et qui continue de peser, discrètement mais puissamment, sur les choix stratégiques occidentaux au Moyen-Orient.
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