Scream 7 : une saga qui se sabote elle-même
- Eurosmag
- 19/03/2026
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Arrivé à son septième volet, Scream joue un jeu dangereux : continuer d’exister sans devenir une caricature de lui-même. Scream 7 ne révolutionne pas la saga, mais il ne s’effondre pas non plus. Et c’est peut-être là toute son ambiguïté.
Sur le papier, les fondamentaux sont respectés. Un nouveau cycle de meurtres, des suspects en série, une mise en scène qui alterne tension et ironie méta. Le film tente encore de renouveler la formule, et c’est à son honneur. Après plus de vingt-cinq ans d’existence, la saga continue d’essayer, là où d’autres franchises se contentent de répéter. Certaines séquences fonctionnent vraiment. Les scènes de tension sont efficaces, parfois même brutales, et Ghostface reste une figure toujours aussi cinégénique. Le film sait créer des moments d’attente, des silences qui étirent le suspense, des attaques soudaines qui rappellent pourquoi la saga a marqué le genre. Mais cette efficacité s’effrite progressivement.
Le troisième acte, en particulier, retombe dans une mécanique trop familière. Le dénouement manque d’impact, et surtout, la révélation des tueurs déçoit. Comme souvent dans les derniers Scream, le mystère fonctionne mieux que sa résolution. Une fois les masques tombés, le film perd une partie de sa force. Les personnages n’aident pas vraiment à compenser. Beaucoup manquent de relief, de charisme, d’attachement. À l’inverse, Sidney Prescott reste une présence solide, presque brutale dans sa manière d’exister à l’écran. Elle incarne une continuité, mais aussi une forme de résistance face à un film qui semble parfois hésiter sur son identité. Et pourtant, malgré ses défauts, Scream 7 reste regardable. Divertissant, même. Il y a encore quelque chose dans cette franchise qui fonctionne, une forme de nostalgie, une mémoire collective du spectateur qui accepte de revenir, encore une fois.
Mais il est impossible de parler de Scream 7 sans évoquer ce qui entoure le film. L’absence de Melissa Barrera, figure centrale des deux précédents volets, n’est pas anodine. L’actrice a été évincée après avoir exprimé publiquement son soutien à la Palestine, déclenchant une controverse majeure. Peu après, Jenna Ortega, qui incarnait sa sœur à l’écran, a quitté le projet à son tour. Le résultat est visible à l’écran : leur absence n’est quasiment pas expliquée, à peine évoquée, parfois même contournée de manière maladroite. Ce vide narratif crée une fracture dans la continuité de la saga. Mais au-delà du film, c’est une erreur stratégique.
Melissa Barrera et Jenna Ortega faisaient partie des nouvelles figures du cinéma d’horreur contemporain. Barrera s’était imposée avec Scream 5 et Scream 6, mais aussi avec des films comme Abigail, où elle confirmait sa place dans le genre. De son côté, Ortega enchaînait les rôles marquants dans X, Pearl (univers Ti West), Thanksgiving ou encore la série Wednesday. Ensemble, elles représentaient une relève crédible, une nouvelle génération de “scream queens”. Leur départ a déclenché un boycott partiel du film, preuve que le public ne sépare plus aussi facilement l’œuvre de son contexte. Et c’est peut-être là que Scream 7 révèle quelque chose de plus large.
La saga a toujours été méta, consciente d’elle-même, capable de commenter les règles du genre. Mais aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les codes du cinéma d’horreur qui évoluent. Ce sont aussi les attentes du public, les enjeux politiques, les dynamiques de casting. Un film ne se regarde plus uniquement pour ce qu’il est. Il se regarde aussi pour ce qu’il représente. Scream 7 n’est pas un désastre. Mais il donne l’impression d’un film amputé, pas seulement de ses personnages, mais d’une partie de son époque.
Et dans une franchise qui a toujours su capter l’air du temps, c’est peut-être le défaut le plus révélateur.
Photo : Neve Campbell incarnant Sidney Prescott Evans dans Scream 7 / Paramount

