Portugal : une présidentielle inédite avec l’extrême droite au second tour

L’élection présidentielle portugaise du 18 janvier 2026 a pris une tournure inattendue pour un pays qui, depuis la restauration de la démocratie en 1974, avait rarement vu de compétition véritablement ouverte et incertaine. Selon les résultats partiels et les projections officielles, António José Seguro, candidat du Parti socialiste (PS), est arrivé en tête du premier tour avec un peu plus de 30 % des voix, suivi d’André Ventura, le leader du parti d’extrême droite Chega, qui a recueilli environ 23,5 %. Aucun des onze candidats n’ayant obtenu la majorité nécessaire, un second tour est désormais programmé pour le 8 février 2026, marquant la première fois depuis 1986 qu’une présidentielle portugaise se déroule en deux tours.

Cette dynamique ne peut toutefois pas être analysée uniquement à l’échelle nationale. Elle s’inscrit dans un mouvement politique plus large observé dans plusieurs démocraties occidentales, marqué par la progression de forces de droite dure, populistes ou anti-establishment. En Argentine, l’arrivée au pouvoir d’un président libertarien a profondément bousculé les équilibres politiques traditionnels. Aux États-Unis, la polarisation s’est accentuée autour de candidats et de programmes très marqués à droite. Aux Pays-Bas, comme dans d’autres pays européens, des partis nationalistes et anti-immigration ont réalisé des percées électorales notables. Sans signifier une disparition des gauches, ces évolutions traduisent un déplacement d’une partie de l’électorat vers des discours plus radicaux sur l’identité, la souveraineté, la sécurité et la critique des élites politiques et économiques. Pour de nombreux analystes, cela révèle une fatigue d’une partie des citoyens face aux politiques traditionnelles de centre gauche et un désir de rupture ou de réorientation des priorités publiques.

Ce résultat est notable à plusieurs égards. D’une part, il met en lumière une fragmentation du paysage politique portugais où ni les forces traditionnelles de gauche ni celles du centre droit ne parviennent à s’imposer clairement. D’autre part, c’est la première fois qu’un candidat issu d’un parti considéré comme d’extrême droite se qualifie pour un second tour présidentiel, reflétant la montée de « Chega » dans le débat politique national au cours des dernières années.

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