Peaky Blinders : fallait-il vraiment un film ?

Peaky Blinders n’était pas juste une série. C’était une identité visuelle, une tension permanente, une montée en puissance presque hypnotique. Pendant six saisons, elle a construit quelque chose de rare : un univers maîtrisé et un personnage central devenu culte — Thomas Shelby, incarné par l’oscarisé Cillian Murphy. Sans lui, Peaky Blinders n’existe pas vraiment. Sa manière de jouer — minimaliste, presque froide, mais traversée de micro-émotions — a donné toute sa profondeur à Tommy Shelby. Un regard suffit, un silence suffit. Il ne joue pas le pouvoir, il l’incarne. Et c’est sans doute ce qui sauve en partie ce nouveau film.

Parce que dès qu’il est à l’écran, quelque chose opère encore. Sa présence reste magnétique. Sa démarche, sa façon de parler, cette aura presque irréelle… tout est intact. Il porte le film à lui seul, comme il portait déjà la série. Mais c’est aussi là que le problème apparaît.

Car autour de lui, tout semble plus fragile. Là où la série prenait le temps de développer chaque personnage — la famille Shelby, leurs tensions, leurs contradictions — le film les réduit souvent à des fonctions. Certains personnages clés paraissent sous-exploités, presque effacés. D’autres passent sans vraiment marquer. On sent l’absence de cette construction lente qui faisait la richesse de la série. Le contraste est frappant : Murphy est toujours au sommet, mais le monde autour de lui semble moins dense.

Et c’est frustrant, parce que le potentiel est là. On devine ce que ça aurait pu être avec plus de temps, plus d’espace, plus de narration. Une saison supplémentaire aurait permis aux acteurs de respirer, d’exister pleinement, de retrouver cette alchimie collective. À la place, le film donne parfois l’impression d’un écrin trop petit pour ses propres ambitions. Évidemment, il reste de très belles choses. La musique est toujours aussi puissante, l’atmosphère intacte, et certaines scènes sont visuellement marquantes. Et oui, la fin de Tommy Shelby est cohérente, presque logique.

Mais est-ce que c’était nécessaire ? Probablement pas. Parce que Peaky Blinders était une œuvre de durée, de lenteur, de construction. Et en la condensant en un film, on perd ce qui faisait sa force. Finalement, ce n’est pas un mauvais film. C’est juste un adieu un peu précipité.

Et avec un acteur comme Cillian Murphy, on ne peut s’empêcher de penser qu’il méritait mieux.

Sortie sur Netflix le 20 mars 2026

Photo : Cillian Murphy & Barry Keoghan dans Peaky Blinders : The Immortal Man / Netflix