Le yuan peut il vraiment remplacer le dollar ?
Depuis vingt ans, la Chine poursuit un objectif extrêmement ambitieux : réduire la domination du dollar et imposer progressivement le yuan comme monnaie mondiale. Avec les tensions géopolitiques, les sanctions américaines et la montée en puissance économique chinoise, cette idée paraît aujourd’hui moins irréaliste qu’autrefois. Mais remplacer le dollar reste une autre histoire.
Car le dollar n’est pas seulement une monnaie. C’est une infrastructure mondiale. Aujourd’hui encore, environ 57 % des réserves de change mondiales détenues par les banques centrales sont en dollars. Le yuan, lui, représente moins de 2 % de ces réserves. Même si sa progression est réelle, l’écart reste immense.
Pourtant, Pékin accélère. Depuis la crise financière de 2008, la Chine multiplie les accords commerciaux en yuan avec des pays émergents, développe son propre système de paiement international CIPS pour concurrencer SWIFT et investit massivement dans le yuan numérique. L’objectif est clair : réduire la dépendance mondiale au système financier dominé par Washington. Cette stratégie a été renforcée après les sanctions contre la Russie en 2022. Beaucoup de pays ont compris qu’un accès au dollar pouvait aussi devenir un outil géopolitique américain. Résultat, plusieurs États cherchent désormais à diversifier leurs échanges internationaux. La Chine tente précisément de profiter de cette méfiance.
Mais le principal obstacle au yuan est paradoxalement la Chine elle même. Pour qu’une monnaie devienne dominante, les investisseurs doivent pouvoir y faire confiance librement. Or Pékin continue de contrôler fortement sa devise, limite les sorties de capitaux et intervient régulièrement sur les marchés. Même récemment, la banque centrale chinoise a dû agir pour ralentir la hausse du yuan face au dollar.
C’est là toute la contradiction. La Chine veut les avantages d’une monnaie mondiale sans accepter totalement les contraintes qui vont avec. Une devise internationale exige des marchés ouverts, des règles prévisibles et une confiance institutionnelle durable. Sur ce terrain, les États Unis gardent encore une avance considérable. Cela ne signifie pas que rien ne change. Le scénario le plus probable n’est pas un remplacement brutal du dollar mais un monde plus fragmenté, où plusieurs monnaies coexistent davantage. Le yuan progresse déjà dans certaines régions d’Asie centrale, au Moyen Orient ou parmi les partenaires des BRICS.
Finalement, la vraie question n’est peut être plus de savoir si le yuan va détrôner le dollar. La vraie question est de savoir combien de pouvoir le dollar peut encore perdre avant que le monde ne cesse d’avoir besoin d’une seule monnaie dominante.
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