Le spectre de la stagflation ressurgit avec la guerre en Iran
Les guerres modernes ne se battent pas seulement sur le terrain militaire. Elles se jouent aussi dans les statistiques économiques. L’escalade entre les États-Unis, Israël et l’Iran, déclenchée fin février, ravive un spectre que les économistes pensaient en recul : celui de la stagflation, combinaison toxique d’inflation élevée et de croissance faible.
Le mécanisme est connu. La guerre provoque d’abord un choc sur l’énergie. Depuis les premières frappes, le prix du pétrole a bondi d’environ 16 %, le baril de Brent dépassant 85 dollars, son niveau le plus élevé depuis près de deux ans.
Cette hausse est directement liée à la géographie du conflit. L’Iran contrôle une partie stratégique du détroit d’Ormuz, passage par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial. Toute menace sur cette route maritime suffit à faire paniquer les marchés énergétiques.
Mais le pétrole ne touche pas seulement les automobilistes. L’énergie est un coût de production pour presque tous les secteurs : transport, industrie, agriculture, logistique. Lorsque le prix du baril grimpe, l’effet se diffuse dans toute l’économie.
Selon plusieurs analyses économiques, une hausse durable du pétrole peut rapidement se traduire par une augmentation de l’inflation mondiale. Une hausse de 10 % du prix du pétrole peut ajouter environ 0,4 point d’inflation sur deux ans dans les économies avancées.
C’est précisément ce scénario que redoutent désormais les banques centrales. La Banque centrale européenne a déjà averti qu’une guerre prolongée au Moyen-Orient pourrait à la fois faire remonter l’inflation et ralentir la croissance économique en Europe.
Cette combinaison est particulièrement problématique. Car lorsque l’inflation augmente, les banques centrales sont généralement contraintes de relever les taux d’intérêt pour la contenir. Mais dans une économie déjà fragilisée par un choc énergétique, des taux plus élevés risquent de freiner encore davantage l’activité.
C’est la définition même de la stagflation.
Ce phénomène a marqué les années 1970, après les chocs pétroliers provoqués par les tensions au Moyen-Orient. À l’époque, la hausse du prix du pétrole avait déclenché une spirale inflationniste accompagnée d’une croissance anémique dans la plupart des économies occidentales.
Aujourd’hui, les structures économiques ont changé. Les États-Unis sont devenus l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde, ce qui les rend moins dépendants des importations énergétiques.
Mais l’économie mondiale reste fortement exposée à l’énergie.
Si le prix du pétrole devait dépasser 125 dollars le baril, certains économistes estiment que la croissance mondiale pourrait être amputée d’environ un point de PIB, tandis que l’inflation pourrait bondir de plus d’un point et demi.
Pour l’instant, les marchés espèrent encore que le conflit restera limité. Mais la volatilité des prix de l’énergie montre déjà que les investisseurs anticipent un scénario plus incertain.
La guerre en Iran rappelle ainsi une réalité souvent oubliée dans les débats économiques : les grandes crises inflationnistes ne viennent pas toujours des politiques monétaires ou budgétaires.
Elles naissent parfois d’un événement beaucoup plus simple — un conflit qui fait grimper le prix de l’énergie.
Et dans une économie mondiale encore fragile après plusieurs années d’inflation, ce choc pourrait suffire à raviver les vieux démons des années 1970
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