Jour du dépassement, la France avance plus vite… mais pas dans le bon sens

La France a atteint son jour du dépassement dès avril. Concrètement, cela signifie que si toute l’humanité vivait comme les Français, les ressources que la planète peut régénérer en un an seraient déjà épuisées à cette date. Le reste de l’année se fait donc “à crédit” écologique.

Le “jour du dépassement” est calculé chaque année par l’ONG Global Footprint Network, à partir de données internationales (notamment de l’ONU), en comparant la biocapacité de la planète à l’empreinte écologique humaine. Ce chiffre, souvent relayé, donne une impression trompeuse de progrès lent. En réalité, la tendance est claire : le jour du dépassement français arrive de plus en plus tôt. Il tombait début mai il y a encore quelques années. Le voir basculer en avril marque une accélération de la pression sur les ressources.

Et surtout, la France n’est pas un cas isolé… mais elle n’est pas non plus exemplaire.

Comparée à ses voisins européens, elle se situe dans une position intermédiaire. L’Allemagne atteint son dépassement autour du 10 mai, le Royaume-Uni plus tard, vers fin mai, et l’Espagne seulement en juin. À l’inverse, des pays comme le Qatar ou les États-Unis dépassent leurs ressources dès les premiers mois de l’année, avec une empreinte écologique bien plus élevée.

Mais se comparer aux pires élèves ne suffit pas.

Car ce classement révèle surtout une réalité : même les pays dits “modérés” vivent au-dessus des capacités de la planète. La France, malgré ses politiques climatiques, son mix énergétique relativement décarboné et ses efforts affichés, continue de consommer trop de ressources.

Le problème n’est donc pas seulement national, il est structurel.

Le modèle économique repose encore largement sur une croissance matérielle, une consommation élevée et une dépendance aux importations. Une partie de l’empreinte écologique française est d’ailleurs externalisée, via des produits fabriqués à l’étranger mais consommés sur le territoire.

Autrement dit, le dépassement ne se voit pas toujours… mais il existe.

Ce que montre ce chiffre, ce n’est pas une dérive ponctuelle.
C’est une norme.

Et dans cette norme, la France n’est ni en retard, ni en avance. Elle est simplement alignée sur un modèle qui dépasse déjà ses limites.

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