Gourou : faux choc, vraie paresse
- Eurosmag
- 17/02/2026
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Gourou se présente comme un film coup-de-poing sur l’emprise, la manipulation mentale et le business du développement personnel, mais derrière l’emballage nerveux et l’esthétique agressive, il ressemble surtout à une démonstration qui confond dénonciation et simplification. Là où on attendait une autopsie fine des mécanismes d’influence, on obtient une caricature bruyante qui tire vite ses cartouches… puis tourne en boucle.
Le problème n’est pas le sujet, au contraire, il est excellent. Le marché du coaching miracle, des figures d’autorité auto-proclamées et des discours pseudo-scientifiques est un terrain dramatique riche. Mais le film choisit la voie la plus courte : au lieu de disséquer le système, il le résume à un homme toxique et à des suiveurs naïfs. Résultat : on ne comprend jamais vraiment pourquoi ça marche, seulement que c’est censé être absurde. Or, montrer l’absurde n’est pas l’expliquer.
La mise en scène mise énormément sur l’intensité : montage tendu, son saturé, scènes de groupe quasi hystériques, confrontations théâtrales. Sur le moment, ça crée une forme d’énergie. Mais c’est une énergie de surface. Le film hurle plus qu’il ne démontre. Il donne l’impression de vouloir provoquer une réaction physique, malaise, rejet, rire nerveux, plutôt qu’une réflexion durable. Une fois l’effet passé, il reste peu de matière.
Le personnage du gourou lui-même est traité comme une cible plus que comme un sujet. Il est montré comme un imposteur, ce qui est sans doute le propos, mais sans qu’on explore vraiment la mécanique de son discours. On entend des slogans, des formules creuses, des provocations. On ne voit presque jamais le travail rhétorique, la construction persuasive, les glissements logiques qui font qu’un discours faible peut pourtant convaincre. C’est paradoxal : un film qui veut critiquer la manipulation refuse d’en analyser les outils.
On aurait aimé une confrontation intellectuelle, pas seulement morale. Quelqu’un qui démonte point par point. Qui compare. Qui met en tension. Qui oblige le gourou à aller au bout de sa logique. À la place, le scénario préfère la révélation simplifiée : imposture révélée = message validé. C’est confortable, mais un peu court. Le spectateur n’est jamais vraiment mis au travail.
Le film effleure aussi la question des adeptes sans jamais s’y attarder. Pourquoi eux ? Que cherchent-ils ? Quel manque est comblé ? Quelle détresse est exploitée ? Ces pistes existent mais restent décoratives. Les suiveurs sont filmés comme une masse influençable, presque interchangeable. C’est efficace visuellement, mais pauvre humainement. Comprendre l’adhésion aurait été plus dérangeant, et plus intéressant, que la juger.
Formellement, on sent une volonté de style très appuyée. Certaines scènes sont construites comme des clips : lumière tranchée, musique invasive, performance d’acteur très projetée. Ça impressionne par moments, ça fatigue souvent. Le film veut être percutant en permanence, sans respiration. Or, sans contraste, l’impact s’émousse. Le choc répété devient du bruit.
Il y a pourtant quelques instants où le film touche juste, notamment quand il s’approche du réel brut : une audition, une expertise, une parole professionnelle posée face au discours charismatique. Là, soudain, le film ralentit, et devient intéressant. On entrevoit ce qu’il aurait pu être : une confrontation entre spectacle et méthode, croyance et connaissance. Ces moments sont trop rares.
Le fond du propos semble dire : « regardez comme c’est ridicule ». Mais le ridicule ne suffit pas à invalider un phénomène social. Ce qui est inquiétant n’est pas que ces figures existent, c’est qu’elles fonctionnent. Et le film, en rendant tout trop grossier, se prive de la dimension la plus troublante : la part de séduction, de logique apparente, de bénéfice ressenti par les adeptes.
Au final, Gourou ressemble à une œuvre persuadée d’avoir raison avant même d’avoir argumenté. Il dénonce juste, mais démontre peu. Il provoque, mais n’explore pas. Il attaque, mais n’analyse pas. On sort avec la sensation d’avoir assisté à une charge, pas à une enquête. Suffisant pour acquiescer. Insuffisant pour comprendre.
Note de la rédaction : 2,5/5 pour un Pierre Niney incroyable dans un film malheureusement peu croyable
Sortie en salles en France le 28 janvier 2026
Réalisé par : Yann Gozlan
Crédit photo : Studio Canal

