Air Antilles : l’addition d’un caprice politique signé Mussington

La liquidation judiciaire d’Air Antilles était prévisible depuis longtemps. Cette aventure industrielle a été transformée en gouffre financier par l’interventionnisme d’un élu local aux pouvoirs disproportionnés mais très mal inspiré. Louis Mussington, président de la collectivité de Saint-Martin et autoproclamé président du conseil d’administration de la compagnie, s’est présenté en victime d’une DGAC de technocrates déconnectés. La réalité est moins flatteuse pour lui. Cet élu de gauche a laissé une ardoise colossale.

Rappelons les faits. En juin 2024, après la liquidation judiciaire du groupe Caire, société mère d’Air Antilles, M. Mussington a fait le choix de perdre environ 20 millions d’euros d’argent public pour renflouer une compagnie exsangue et en faire de la collectivité de Saint-Martin son actionnaire majoritaire. L’argument avancé était noble : la continuité territoriale, le droit des Saint-Martinois à se rendre en Guadeloupe et en Martinique pour leur santé ou leur scolarité. Qui pourrait s’y opposer ?

Personne. Mais la question n’est pas là. La question est celle de la gestion.

Car pendant que M. Mussington défendait la continuité territoriale pour les Saint-Martinois, Air Antilles opérait une ligne Guadeloupe–Saint-Barthélemy. Une ligne dédiée non pas aux habitants de Saint-Martin, la raison d’être officielle du sauvetage public, mais aux flux touristiques de Saint-Barth, île à l’économie prospère et à la clientèle aisée. Plus absurde encore : pour assurer cette desserte, Air Antilles affrétait un appareil avec son équipage auprès d’une société suisse. La collectivité de Saint-Martin subventionnait donc, au nom de ses contribuables, la location d’un avion étranger pour une ligne sans rapport direct avec sa mission de service public. Un délire opérationnel, autant que politique.

Dix-huit mois après ce sauvetage à 20 millions d’euros, la DGAC suspendait tous les vols de la compagnie en décembre 2025, à la suite d’un audit révélant des manquements documentaires et organisationnels graves. Pas de sabotage technocratique : une compagnie qui n’était tout simplement pas en mesure d’assurer ses obligations réglementaires de base. Aucune offre de reprise crédible n’a été déposé, le tribunal de commerce a donc naturellement prononcé la liquidation.

En homme politique sournois, M. Mussington fustige aujourd’hui les “technocrates” et déplore que des promesses n’aient pas été tenues sur les salaires et l’emploi. Mais qui a présidé le conseil d’administration ? Qui a validé les choix stratégiques ? Qui a autorisé cette extension absurde vers Saint-Barthélemy via un opérateur suisse ? Qui a privé les Saint-Martinois de subventions pour le carnaval ? L’argent public engagé, 20 millions d’euros, ni plus ni moins, ne sera pas récupéré. Les salariés d’Air Antilles sont aujourd’hui sans emploi. Et les Saint-Martinois dépendent désormais exclusivement d’Air Caraïbes, filiale du groupe Dubreuil, pour leurs liaisons inter-îles.

La vraie question, celle que personne ne pose publiquement, est simple : sur quelle base économique, sur quel business plan réaliste, un élu territorial a-t-il engagé vingt millions d’argent public dans une compagnie qui accumulait les pertes depuis des années ? Et pourquoi a-t-on élargi le périmètre d’une compagnie censée servir Saint-Martin à des lignes qui n’avaient rien à y faire ?

M. Mussington ne répondra pas de ses fautes et de la gabegie d’argent public qu’il a passé par le hublot. Il continuera à parader. Le pire : c’est peut-être qu’il croît ce qu’il dit.

Photo : Air Antilles