L’Europe fait le tri dans les cryptomonnaies

Pendant des années, l’Europe a été accusée d’avancer trop lentement sur les cryptomonnaies. Avec l’entrée en vigueur complète du règlement MiCA, elle choisit désormais l’approche inverse. Le dernier registre publié par l’Autorité européenne des marchés financiers, l’ESMA, recense 37 nouveaux prestataires agréés, portant le total à 280 entreprises autorisées à proposer des services liés aux cryptoactifs dans l’Union européenne. Parmi elles figurent Standard Chartered, FalconX, Sygnum ou encore CACEIS, filiale de Crédit Agricole.  

Mais le chiffre le plus révélateur n’est pas celui des nouveaux entrants. Selon le Financial Times, seules environ 280 entreprises disposent aujourd’hui d’un agrément MiCA, alors que plus de 2 000 acteurs opéraient jusqu’ici sous différents régimes nationaux. Environ 1 700 entreprises ne disposent plus d’une base légale pour servir les clients européens et doivent désormais cesser leurs activités ou quitter le marché.  

Cette évolution marque un changement profond de philosophie. Jusqu’à présent, une plateforme pouvait obtenir une autorisation dans un État membre puis profiter de règles parfois plus souples que chez ses voisins. MiCA met fin à cette fragmentation en créant un passeport unique valable dans les 27 pays de l’Union. En contrepartie, les exigences deviennent beaucoup plus strictes en matière de fonds propres, de protection des investisseurs, de gouvernance et de lutte contre le blanchiment.  

Les grands gagnants sont les acteurs capables d’absorber le coût de cette conformité. Standard Chartered, qui vient d’obtenir sa licence au Luxembourg, pourra désormais proposer des services de conservation, de transfert et d’échange d’actifs numériques dans toute l’Europe. Les plateformes déjà agréées, comme Coinbase, Kraken, OKX ou Bitpanda, devraient également profiter de la disparition progressive de nombreux concurrents plus modestes. À l’inverse, Binance, pourtant leader mondial du secteur, ne dispose toujours pas d’un agrément MiCA européen complet, illustrant que la taille ne garantit plus l’accès au marché.  

Au fond, MiCA ne cherche pas seulement à réglementer les cryptomonnaies. Le texte redessine la carte du secteur. Pendant longtemps, l’industrie s’est développée grâce à une faible régulation. Désormais, la crédibilité devient un avantage concurrentiel. Pour l’Europe, le pari est clair. Mieux vaut un marché plus petit, mais composé d’entreprises capables de respecter les mêmes règles que les banques et les autres institutions financières.  

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