Crédit Agricole avance sans bruit et redistribue les cartes en Italie
Dans les grandes batailles bancaires européennes, les opérations les plus décisives ne sont pas toujours les plus spectaculaires. En portant sa participation à 29,3 % du capital de Banco BPM, Crédit Agricole ne lance pas d’offre publique d’achat et ne revendique pas le contrôle de la quatrième banque italienne. Pourtant, cette montée au capital pourrait bien être l’un des mouvements les plus stratégiques de l’année dans le secteur bancaire européen.
Officiellement, le groupe français présente cette opération comme un investissement de long terme. Présent en Italie depuis plus de cinquante ans, il souligne vouloir renforcer ses partenariats dans le crédit à la consommation et l’assurance, tout en affichant sa confiance dans les perspectives financières de Banco BPM. Cette nouvelle participation, acquise grâce à des achats d’actions et à des instruments dérivés, réduit toutefois le ratio de fonds propres CET1 de Crédit Agricole d’environ 35 points de base, preuve que le groupe accepte un coût financier important pour consolider sa position.
Mais l’enjeu dépasse largement Banco BPM. Depuis deux ans, l’Italie est redevenue le principal théâtre de la consolidation bancaire européenne. Après les offensives d’UniCredit, les ambitions d’Intesa Sanpaolo et les discussions autour de Monte dei Paschi di Siena, chaque participation est devenue une pièce d’un puzzle beaucoup plus vaste. En s’approchant du seuil de 30 %, Crédit Agricole rend toute tentative de rachat de Banco BPM beaucoup plus complexe. Aucun concurrent ne pourra désormais ignorer le groupe français dans une éventuelle négociation.
Cette stratégie tranche avec celle de nombreux rivaux. Là où certaines banques privilégient les offres hostiles et les annonces fracassantes, Crédit Agricole avance progressivement, accumulant de l’influence sans chercher officiellement à prendre le contrôle. Une méthode qui lui a permis de devenir, au fil des années, un acteur incontournable du marché italien tout en conservant des relations relativement apaisées avec les autorités de Rome.
Cette opération illustre finalement une évolution de la finance européenne. Les grandes conquêtes ne passent plus uniquement par des acquisitions spectaculaires, mais par des positions suffisamment fortes pour peser sur toutes les décisions futures. Avec 29,3 % de Banco BPM, Crédit Agricole n’est peut être pas propriétaire de la banque italienne. En revanche, il s’assure désormais qu’aucun grand mouvement bancaire dans la péninsule ne pourra se faire sans lui.
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