Une génération qui ne pourra jamais fumer, l’idée qui bouscule la France

Et si l’on ne cherchait plus à convaincre les jeunes de ne pas fumer, mais à faire en sorte qu’ils ne puissent jamais acheter de cigarettes ? Cette idée, longtemps jugée irréaliste, pourrait bientôt s’inviter dans le débat français. Dans son rapport annuel, l’Assurance maladie propose d’interdire définitivement la vente de tabac aux personnes nées à partir de 2009, en s’inspirant de la législation adoptée au Royaume Uni.  

Le principe est inédit. Contrairement aux interdictions fondées sur un âge minimum fixe, la limite évoluerait chaque année. Une personne née en 2008 conserverait le droit d’acheter des cigarettes toute sa vie, tandis qu’une personne née quelques mois plus tard n’y aurait jamais légalement accès, même à 40 ou 60 ans. Le Royaume Uni est devenu le premier pays européen à adopter ce modèle, avec l’ambition de faire émerger une véritable « génération sans tabac ».  

L’idée peut sembler radicale, mais elle repose sur un constat bien documenté. La grande majorité des fumeurs commencent avant 18 ans et la nicotine reste l’une des substances les plus addictives. En empêchant les nouvelles générations d’entrer sur le marché du tabac, les autorités espèrent réduire progressivement le nombre de fumeurs sans imposer d’interdiction aux adultes qui consomment déjà.  

Reste que cette proposition soulève une question de fond. Peut on construire une politique de santé publique sur une différence de date de naissance ? Deux adultes du même âge pourraient demain ne pas bénéficier des mêmes droits uniquement parce qu’ils sont nés à quelques semaines d’intervalle. Les critiques y voient une rupture avec le principe d’égalité devant la loi, tandis que ses défenseurs estiment qu’il s’agit d’un compromis plus acceptable qu’une interdiction totale.

Au fond, cette mesure traduit une évolution profonde de la lutte contre le tabagisme. Après les paquets neutres, les hausses de prix et les campagnes de prévention, l’objectif n’est plus seulement de réduire la consommation, mais de faire disparaître progressivement le tabac des habitudes sociales. La véritable question n’est donc peut être plus de savoir si cette idée est trop ambitieuse, mais si la France est prête à assumer qu’une liberté individuelle puisse être limitée au nom de la santé des générations futures.

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