L’euro numérique joue sa survie sur la question de la confiance

L’euro numérique a franchi cette semaine une étape politique décisive. La commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a adopté sa position sur le projet porté par la Banque centrale européenne, avec 43 voix pour et 14 contre. Derrière ce vote se cache pourtant une réalité plus complexe : la bataille autour de l’euro numérique n’est plus technologique ou financière. Elle est devenue une bataille pour la confiance. 

Depuis le lancement du projet en 2023, les critiques se concentrent sur une crainte majeure : voir apparaître un outil de surveillance financière capable de tracer chaque dépense des citoyens européens. Conscients de ce risque politique, les eurodéputés ont placé la confidentialité au cœur du texte adopté cette semaine. Les transactions pourraient notamment s’appuyer sur des preuves à divulgation nulle de connaissance, une technologie permettant de vérifier une opération sans révéler les données personnelles de l’utilisateur. La BCE n’aurait par ailleurs pas accès directement à l’identité des détenteurs d’euros numériques. 

Cette insistance sur la vie privée révèle un paradoxe. L’Europe cherche à créer une monnaie numérique pour renforcer sa souveraineté face aux géants américains du paiement comme Visa, Mastercard ou PayPal. Mais pour convaincre les citoyens de l’adopter, elle doit simultanément prouver qu’elle ne contrôlera pas davantage leurs transactions. 

Le défi est d’autant plus important que l’euro numérique ne répond pas à une demande populaire. Contrairement aux cryptomonnaies, il n’est pas porté par une communauté enthousiaste. Contrairement aux cartes bancaires, il n’apporte pas de révolution visible pour l’utilisateur moyen. Son principal argument est géopolitique : garantir à l’Europe une autonomie de paiement dans un monde de plus en plus fragmenté. 

Les législateurs ont également prévu plusieurs garde fous destinés à éviter une fuite massive des dépôts bancaires vers cette nouvelle monnaie. Les montants détenus devraient être plafonnés et les services de base resteraient gratuits. Une version hors ligne est également envisagée afin de reproduire certaines caractéristiques des espèces. 

L’enjeu est désormais clair. Techniquement, l’Europe semble capable de créer un euro numérique d’ici 2029. Politiquement, sa réussite dépendra d’une question bien plus difficile : les Européens feront ils davantage confiance à leur banque centrale qu’aux acteurs privés qui dominent aujourd’hui les paiements numériques ? 

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