La City a perdu l’Europe, mais pas son pouvoir

Lorsque les Britanniques ont voté pour le Brexit en 2016, les scénarios catastrophes annonçaient un exode massif des banques et la fin du règne londonien sur la finance européenne. Dix ans plus tard, le bilan est plus nuancé. La City a incontestablement perdu du terrain, mais elle reste un acteur mondial incontournable. C’est précisément ce paradoxe qui raconte le mieux l’histoire du Brexit.

Les chiffres témoignent d’un recul réel. Selon plusieurs estimations, entre 40 000 et 50 000 emplois financiers ont quitté le Royaume Uni depuis la sortie effective de l’Union européenne. Plus de 1 000 milliards de livres d’actifs ont été transférés vers le continent, tandis que quelque 440 établissements financiers ont créé ou renforcé leurs structures à Dublin, Paris, Luxembourg ou Francfort. La part de marché de Londres dans le négoce des produits dérivés libellés en euros est passée de 89 % à 65 % entre 2019 et 2025.  

Pourtant, contrairement aux prédictions les plus pessimistes, aucune capitale européenne n’a réussi à remplacer Londres. Paris a attiré des banques d’investissement, Amsterdam une partie des échanges d’actions, Dublin la gestion d’actifs. Mais la victoire espérée du continent n’a jamais vraiment eu lieu. La finance européenne s’est fragmentée plutôt que déplacée.  

La véritable conséquence du Brexit n’est donc pas l’effondrement de la City mais sa transformation. Londres demeure le premier centre mondial pour le marché des changes et conserve une position dominante dans les produits dérivés. Les géants américains comme JPMorgan, Goldman Sachs ou Morgan Stanley y ont maintenu leurs sièges européens. Le nombre de personnes travaillant dans la finance à Londres est même passé de 525 000 en 2016 à 675 000 en 2025.  

Le coût du Brexit apparaît ailleurs. La City reste puissante, mais moins influente en Europe. Elle a conservé son statut mondial grâce à son écosystème juridique, ses talents et sa profondeur de marché, tout en perdant l’avantage stratégique du passeport européen. Londres n’a pas cessé d’être une capitale financière. Elle est simplement devenue une capitale financière plus isolée.

Dix ans après le référendum, le Brexit n’a donc pas détruit la City. Il l’a contrainte à choisir entre l’Europe et le reste du monde. Et ce choix continue de façonner son avenir.  

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