Qui veut encore sauver Fibre Excellence ?

Dans quelques jours, le tribunal de commerce de Toulouse se prononcera sur l’avenir de Fibre Excellence. Les usines de Tarascon et de Saint-Gaudens se dirigent vers une liquidation judiciaire. Une issue qui paraissait encore impensable il y a quelques années pour l’un des principaux producteurs français de pâte à papier.

Comment en est-on arrivé là ?

Il faut d’abord rappeler un fait rarement souligné : l’actionnaire, Jackson Wijaya, a tenté à plusieurs reprises de redresser l’entreprise. Près de 300 millions d’euros ont été investis au fil des années pour maintenir l’activité. Peu d’investisseurs auraient accepté de supporter un tel effort financier dans un secteur aussi difficile.

Le cas de Fibre Excellence illustre les contradictions françaises en matière industrielle. À Tarascon, l’usine emploie directement et indirectement plusieurs centaines de personnes et constitue un acteur économique majeur pour le territoire. Dans le même temps, sa présence suscite depuis longtemps des critiques de riverains et d’associations environnementales en raison des nuisances olfactives, de son impact paysager et des risques industriels associés à un site classé Seveso.

Au fil des années, des investissements importants ont été réalisés pour répondre aux exigences environnementales et réglementaires. Ces efforts étaient nécessaires. Mais ils ont également alourdi les coûts fixes d’une entreprise déjà confrontée à une concurrence internationale féroce et à des marges limitées. Augmenter les couts fixes dans un secteur en surcapacité c’est condamner la production locale. C’est une logique mathématique simple.

L’autre sujet central concerne l’énergie. Fibre Excellence estime depuis longtemps que les conditions économiques de valorisation de l’électricité produite par ses installations ne lui permettent pas de bénéficier d’un cadre comparable à celui dont disposent d’autres acteurs industriels ou énergétiques. Le débat est technique, mais ses conséquences sont bien réelles : dans une industrie fortement consommatrice d’énergie, quelques euros de différence peuvent faire basculer un modèle économique déjà fragile.

L’État a tenté d’accompagner le dossier. Mais les solutions avancées sont restées limitées au regard des difficultés structurelles rencontrées par l’entreprise. Beaucoup d’acteurs locaux ont eu le sentiment que les réponses apportées relevaient davantage de mesures temporaires que d’une véritable stratégie industrielle de long terme.

Le dossier s’est également tendu autour de la question des obligations environnementales futures et des coûts potentiels associés à la remise en état des sites. Ces incertitudes ont pesé sur l’attractivité du dossier auprès d’éventuels investisseurs ou repreneurs, déjà confrontés à un contexte économique peu favorable. Lorsque le ministre de l’industrie évoque 500 millions d’euros de dépollution il faut fuir tous les repreneurs. 

Si la liquidation est prononcée, chacun cherchera des responsables. Les syndicats dénonceront l’insuffisance du soutien public. Les pouvoirs publics rappelleront les efforts consentis. Les associations environnementales souligneront leurs combats historiques. Pourtant, la réalité est probablement plus complexe.

La disparition plus que probable de Fibre Excellence ne serait pas seulement l’échec d’un actionnaire ou d’un gouvernement. Elle illustrerait surtout la difficulté croissante à maintenir en France certaines activités industrielles lourdes, soumises simultanément à des contraintes environnementales, énergétiques, réglementaires et économiques toujours plus fortes.

La question qui demeurera alors est simple : la France veut-elle encore conserver sur son territoire ce type d’industrie stratégique, ou accepte-t-elle progressivement leur disparition ?

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