Backrooms ou comment expliquer un cauchemar jusqu’à le rendre banal
- Eurosmag
- 10/06/2026
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Lorsqu’en 2022, un adolescent de 16 ans nommé Kane Parsons publie sur YouTube sa série The Backrooms, Internet découvre un nouveau phénomène. Avec quelques couloirs jaunâtres, un éclairage fluorescent inquiétant et une caméra tremblante, le jeune créateur transforme un simple creepypasta en phénomène mondial. Des dizaines de millions de vues plus tard, Hollywood lui ouvre ses portes. Quatre ans après cette explosion virale, Backrooms arrive enfin au cinéma. Et c’est précisément là que le problème commence. Car ce qui fonctionnait parfaitement sur YouTube fonctionne beaucoup moins bien sur deux heures de film.
Visuellement, difficile de reprocher grand chose au projet. À seulement 20 ans, Kane Parsons démontre un sens impressionnant du cadre, de l’atmosphère et du sound design. Certaines séquences en found footage sont remarquablement exécutées. Les décors labyrinthiques conservent par moments leur pouvoir de fascination. Les premiers sursauts fonctionnent également.
Mais une fois la curiosité passée, le film semble incapable de justifier sa propre existence. L’univers des Backrooms possède pourtant une richesse considérable. Depuis plusieurs années, Internet a développé une mythologie dense autour de ces espaces liminaux, de leurs créatures et de leurs règles. Étrangement, le scénario ne parvient jamais à exploiter ce potentiel. Les personnages restent superficiels, les enjeux peinent à émerger et aucune véritable tension dramatique ne s’installe.
Le principal défaut réside ailleurs. Les Backrooms sont nées d’une idée simple : l’inconnu est plus effrayant que l’explication. Le concept reposait sur une question permanente. Qu’est ce que cet endroit ? Pourquoi existe t il ? Quelles sont ses règles ?
Le film choisit l’approche inverse. À force de vouloir expliquer, définir et clarifier, il détruit progressivement ce qui rendait l’univers fascinant. En révélant le “pourquoi”, il fait disparaître le “qu’est ce que c’est que ça ?”. L’ambiguïté s’évapore. Le mystère également. Le résultat est paradoxal. Un film qui explique beaucoup mais captive très peu. Le dernier acte illustre parfaitement cette impasse. L’histoire semble se retrouver coincée dans un cul de sac narratif dont elle ne parvient jamais à sortir. Les révélations tombent à plat, les émotions restent distantes et la conclusion donne davantage l’impression d’un abandon que d’un aboutissement.
L’ironie est finalement assez cruelle. Le plus fascinant dans Backrooms reste peut être son existence même : celle d’un créateur de YouTube devenu réalisateur hollywoodien à seulement 20 ans. Une réussite exceptionnelle. Malheureusement, cette histoire est bien plus intéressante que le film lui même.
Note de la rédaction : 1,5/5
Sortie en salles en France le 17 juin 2026
Photo : A24

