Wegovy, Mounjaro : la Sécurité sociale entre dans l’ère Ozempic
C’est probablement l’un des tournants les plus importants de la santé publique française depuis des années. À partir de la mi juin, les traitements anti obésité Wegovy de Novo Nordisk et Mounjaro d’Eli Lilly seront remboursés par la Sécurité sociale pour certains patients souffrant d’obésité sévère. Une première dans l’Union européenne.
Jusqu’ici, ces injections hebdomadaires coûtaient environ 300 euros par mois. Un prix inaccessible pour beaucoup de patients malgré des résultats parfois spectaculaires sur la perte de poids. Désormais, les traitements seront remboursés à 65 %, avec dans de nombreux cas une prise en charge quasiment totale grâce aux dispositifs liés aux maladies chroniques.
Mais derrière cette décision se cache une révolution beaucoup plus large. Car Wegovy et Mounjaro ne sont pas simplement perçus comme de nouveaux médicaments. Ils ont profondément changé la manière dont le monde regarde l’obésité. Pendant des décennies, le sujet restait souvent enfermé dans un discours moral autour du manque de volonté, du régime ou de la discipline personnelle. Ces nouvelles molécules imposent une autre vision : celle d’une maladie chronique nécessitant un traitement médical.
La France compte aujourd’hui plus de 8 millions d’adultes obèses. Selon la ministre de la Santé Stéphanie Rist, près d’un million de personnes pourraient théoriquement être éligibles au remboursement, même si les critères restent très stricts. Il faudra présenter un IMC supérieur à 40, ou supérieur à 35 avec des complications médicales associées comme le diabète ou certaines maladies cardiovasculaires. Et c’est justement là que le débat commence. Car ces médicaments fascinent autant qu’ils inquiètent. Sur TikTok, Instagram ou Hollywood, Wegovy, Ozempic et Mounjaro sont devenus des phénomènes culturels autant que médicaux. Des célébrités, influenceurs et personnalités de la mode ont largement contribué à leur popularité, parfois pour des usages purement esthétiques.
Les autorités françaises veulent précisément éviter cette dérive. La HAS insiste sur le fait que ces traitements doivent rester intégrés à un suivi nutritionnel, psychologique et médical complet. Les médecins rappellent également que l’arrêt du traitement provoque souvent une reprise du poids perdu.
La Sécurité sociale accepte aujourd’hui de rembourser des médicaments parfois décrits comme les plus puissants jamais développés contre l’obésité. Mais dans le même temps, personne ne sait encore quel sera leur impact économique à long terme. L’État estime déjà le coût futur autour de 100 millions d’euros par an. Et pourtant, beaucoup considèrent que la question n’est plus vraiment financière. Si ces traitements permettent réellement de réduire les maladies cardiovasculaires, certains cancers, le diabète ou les hospitalisations liées à l’obésité, ils pourraient finalement coûter moins cher que l’inaction.
La France fait donc un pari inédit. Celui de considérer enfin l’obésité comme une maladie à traiter, et non simplement comme un problème à juger.
Photo : wegovy.com

