Rachid Benzine, l’homme qui murmure à l’oreille de Macron
- Eurosmag
- 26/05/2026
- À la une, Art de Vivre
- À la une, Culture, Politique, Tendances culturelles
- 0 Comments
Quand Emmanuel Macron cite Rachid Benzine, ce n’est pas anodin. Ce n’est ni un polémiste médiatique, ni une figure religieuse classique. Benzine occupe une place beaucoup plus rare : celle d’un intellectuel capable de parler à la fois à la République, aux religieux, à la mémoire et désormais à la culture au sens large.
Macron a récemment cité Rachid Benzine lors de son discours à l’UNESCO pour les 25 ans de la loi Taubira sur l’esclavage : « Je veux ici faire un affreux plagiat, mais comme je le cite, ce ne sera pas un plagiat, mais m’inscrire dans les pas du philosophe Rachid Benzine. Un chagrin se porte, et il se porte ensemble. » Dans ce discours, Macron s’appuie sur la réflexion de Rachid Benzine autour de la mémoire coloniale, de l’esclavage et de la réparation symbolique. Il explique notamment que les nations sont traversées par des “chagrins collectifs” qu’il faut reconnaître sans tomber ni dans le déni ni dans la repentance infinie.
Originaire de Trappes, Rachid Benzine s’est imposé depuis vingt ans comme l’une des voix les plus singulières du paysage intellectuel français. Spécialiste du religieux, philosophe, écrivain, enseignant et essayiste, il défend une lecture historico-critique du phénomène religieux et une réflexion profonde sur la transmission, l’exil, les fractures françaises et la spiritualité contemporaine.
Mais aujourd’hui, Benzine dépasse largement le seul cadre des débats sur l’islam. Au-delà même de Macron qui le cite régulièrement, il devient progressivement une référence intellectuelle incontournable, autant que discrète dans un espace médiatique….bruyant. Là où d’autres occupent les plateaux, Benzine occupe de plus en plus les esprits car il n’écrit pas seulement des livres mais est train de bâtir…une œuvre.
Son dernier livre, L’homme qui lisait des livres, marque d’ailleurs une nouvelle étape. À travers l’histoire d’un vieux libraire palestinien dans Gaza détruite par la guerre, l’auteur parle du rôle des livres face au chaos, de la mémoire face à l’effacement et de la culture comme dernier refuge humain. Benzine transforme ici le conflit géopolitique en tragédie intime et universelle.
Cette évolution est importante : Benzine n’est plus seulement lu comme spécialiste de l’islam contemporain, mais comme écrivain du déracinement, de l’intériorité mais surtout des fractures du monde moderne.
Et désormais, une nouvelle étape s’ouvre encore : après les essais, les romans et le théâtre, Rachid Benzine se lance dans le cinéma en tant que réalisateur. Une suite logique pour un auteur dont toute l’œuvre repose déjà sur le récit, l’image mentale et la transmission.
Dans une époque dominée par le bruit, Benzine avance autrement lentement, discrètement, mais avec une densité intellectuelle devenue impossible à ignorer.
Photo : DR

