Le pari crypto qui fragilise l’empire Trump
Trump Media & Technology Group, la société propriétaire du réseau social Truth Social, a annoncé des pertes massives cette semaine. Mais contrairement à ce que son nom laisse penser, ce n’est pas le réseau social qui est au cœur du problème. C’est la stratégie crypto du groupe.
Truth Social devait devenir le grand rival conservateur de Twitter. Quatre ans après son lancement, la plateforme est surtout devenue le symbole d’une autre transformation : la fusion de plus en plus floue entre politique, spéculation financière et cryptomonnaies.
Cette semaine, Trump Media & Technology Group, maison mère de Truth Social, a annoncé une perte colossale de 406 millions de dollars au premier trimestre 2026. Le chiffre est d’autant plus spectaculaire que l’entreprise n’a généré qu’environ 870 000 dollars de revenus sur la même période. La raison principale n’est pas l’activité du réseau social lui même. Ce sont les cryptomonnaies.
Depuis fin 2025, Trump Media a massivement investi dans le bitcoin et d’autres actifs numériques dans une stratégie inspirée des entreprises devenues quasi fonds spéculatifs crypto. Le groupe détenait encore récemment plus de 2,5 milliards de dollars d’actifs numériques. Mais la chute du marché a provoqué des pertes comptables gigantesques. Le plus fascinant est que Truth Social semble désormais presque secondaire dans l’entreprise qui porte pourtant son nom.
À l’origine, la plateforme avait été créée après l’exclusion de Donald Trump de Twitter et Facebook à la suite de l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Le projet se présentait comme une alternative défendant la “liberté d’expression”. Mais malgré une forte visibilité médiatique, Truth Social n’a jamais réussi à atteindre une audience comparable aux grands réseaux sociaux américains. Les estimations évoquent environ 6 millions d’utilisateurs actifs mensuels, très loin de X, TikTok ou Facebook. Le paradoxe est donc saisissant : l’entreprise vaut encore environ 2,5 milliards de dollars en Bourse alors que son activité réelle reste minuscule.
Cette déconnexion rappelle les grandes heures des “meme stocks”, ces actions dont la valeur dépend davantage d’une communauté émotionnelle et politique que de fondamentaux économiques. Le ticker boursier de Trump Media est d’ailleurs “DJT”, les initiales de Donald J. Trump. Tout est pensé comme un prolongement direct de sa marque personnelle.
Mais l’évolution récente montre surtout quelque chose de plus profond : la trumpisation de la finance spéculative. Trump Media ne se contente plus d’exploiter un réseau social. L’entreprise s’est lancée dans les ETF, les cryptomonnaies, les partenariats financiers et même un projet de fusion lié à l’énergie nucléaire de fusion. Le groupe ressemble de moins en moins à une société technologique classique et de plus en plus à un conglomérat spéculatif construit autour du nom Trump.
Cette stratégie pose une question politique autant qu’économique. Donald Trump est aujourd’hui à la fois président des États Unis et principal actionnaire d’une entreprise dont les activités bénéficient directement des politiques favorables aux cryptomonnaies défendues par son administration. Plusieurs analystes américains évoquent désormais des conflits d’intérêts inédits dans l’histoire récente du pays.
Le plus ironique reste peut être le destin de Truth Social lui même. La plateforme était censée contourner les géants technologiques traditionnels. Mais elle finit absorbée par une logique encore plus volatile : celle des marchés crypto. En quelques années, le réseau social est passé du statut de projet politique à celui d’actif financier spéculatif. Et les pertes gigantesques annoncées cette semaine rappellent brutalement une réalité que la Silicon Valley comme Wall Street oublient régulièrement : transformer une communauté politique en machine à cash reste beaucoup plus compliqué que faire monter une action en Bourse.
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