Les cours d’éducation financière entrent enfin dans les salles de classe françaises

À partir de la rentrée 2026, les élèves de 4e suivront des cours d’éducation financière dans le cadre du programme EDUCFI porté par la Banque de France et les ministères de l’Éducation nationale et de l’Économie. Officiellement, l’objectif est simple : apprendre aux adolescents à gérer un budget, éviter le surendettement, comprendre les moyens de paiement ou repérer les arnaques financières.

En réalité, cette réforme raconte quelque chose de beaucoup plus profond sur l’époque. Pendant longtemps, l’école française a considéré l’argent comme un sujet presque tabou. Le système éducatif formait à la littérature, aux sciences ou à la philosophie, mais très peu à la gestion concrète de la vie économique. Résultat : beaucoup de jeunes arrivent à l’âge adulte sans comprendre un crédit, un taux d’intérêt, les impôts ou même le fonctionnement basique d’un compte bancaire.

Et le problème devient beaucoup plus grave avec Internet. Les jeunes générations sont désormais exposées très tôt aux cryptomonnaies, aux influenceurs finance, au dropshipping, aux paris sportifs, au trading TikTok ou aux promesses d’enrichissement rapide. Selon l’AMF, les moins de 35 ans sont surreprésentés parmi les victimes d’arnaques financières en ligne. Les autorités savent aussi que des milliers de jeunes utilisent désormais l’IA pour demander des conseils financiers.

L’État tente donc de rattraper un retard culturel. Le programme EDUCFI, expérimenté depuis 2019, a déjà concerné plusieurs dizaines de milliers d’élèves. Les collégiens suivront des ateliers courts d’environ deux heures, tandis que les lycéens professionnels pourront recevoir jusqu’à douze heures de formation. Mais la question dépasse largement la simple gestion d’un budget. Former économiquement une population, c’est aussi former sa vision du monde. Car derrière les notions de crédit, d’investissement ou d’endettement se cachent des choix idéologiques, sociaux et politiques.

Et c’est probablement pour cela que l’éducation financière reste un sujet sensible en France : parler d’argent, c’est aussi parler du rapport qu’une société entretient avec le pouvoir, le risque et les inégalités.

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