La liberté de la presse recule partout et ce n’est plus un accident
Le constat est brutal et difficile à relativiser.
La liberté de la presse dans le monde est à son plus bas niveau depuis 25 ans selon Reporters sans frontières. Et cette fois, il ne s’agit pas d’un recul ponctuel ou localisé, mais d’une dégradation structurelle. Plus de la moitié des pays sont désormais classés en situation “difficile” ou “très grave”. En 2002, ils n’étaient que 13,7 %. Aujourd’hui, moins de 1 % de la population mondiale vit dans un pays où la presse est réellement libre. Ce basculement change tout. La liberté de la presse n’est plus la norme. Elle devient l’exception.
Le classement reste dominé par les pays nordiques, avec la Norvège en tête pour la dixième année consécutive. À l’inverse, des puissances majeures reculent ou stagnent. La France reste bloquée à la 25e place. Les États-Unis chutent à la 64e, un niveau historiquement bas pour une démocratie qui se revendique modèle. Mais le plus intéressant n’est pas le classement lui-même. C’est ce qu’il révèle.
Les attaques contre la presse ne prennent plus uniquement la forme de censures brutales ou de régimes autoritaires. Elles deviennent plus diffuses, plus systémiques. Pressions économiques, concentration des médias, harcèlement judiciaire, intimidation politique, polarisation extrême… La fragilisation est multiple. Dans certains pays, elle est assumée. Dans d’autres, elle est organisée plus subtilement. Le cas des États-Unis est révélateur. Reporters sans frontières évoque des attaques “systémiques” contre la presse, des tensions politiques accrues et des incidents visant directement des journalistes. Ce n’est pas une dérive marginale, c’est un climat. Et ce climat se diffuse.
Même dans des démocraties installées, le rôle des médias est de plus en plus contesté. La confiance baisse, les journalistes sont perçus comme des acteurs politiques, et les plateformes numériques redéfinissent complètement la circulation de l’information. Résultat : la presse perd à la fois son autorité et sa protection. La méthodologie de RSF repose sur plusieurs critères, indépendance politique, cadre légal, sécurité, contexte économique, et c’est précisément là que la dégradation est la plus inquiétante. Ce n’est pas un seul facteur qui recule, c’est l’ensemble du système. Autrement dit, ce n’est pas une crise. C’est une transformation.
La liberté de la presse dépend de plus en plus d’équilibres fragiles : stabilité politique, solidité économique des médias, protection juridique réelle. Dès qu’un de ces piliers cède, tout vacille. Et aujourd’hui, plusieurs cèdent en même temps. Le problème n’est donc plus seulement la censure. C’est l’érosion. Une érosion lente, diffuse, mais globale, qui redéfinit le rôle de l’information dans nos sociétés.
Et dans ce nouveau paysage, une question se pose, plus fondamentale que jamais :
qui contrôle le récit quand ceux qui doivent l’écrire deviennent eux-mêmes vulnérables ?
Photo : Pexels

