Meta face aux mineurs, un système défaillant et une hypocrisie industrielle
- Eurosmag
- 01/05/2026
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Pendant des années, Meta a répété la même ligne : Instagram et Facebook sont interdits aux moins de 13 ans. Sur le papier, la règle existe. Dans la réalité, elle ne vaut rien.
Après près de deux ans d’enquête, la Commission européenne est arrivée à une conclusion limpide : les dispositifs de contrôle d’âge sont inefficaces, au point de permettre à des enfants de contourner les restrictions en quelques secondes, simplement en entrant une fausse date de naissance.
Les chiffres sont encore plus révélateurs. Entre 10 % et 12 % des enfants de moins de 13 ans en Europe utiliseraient Instagram ou Facebook. Autrement dit, le problème n’est pas marginal. Il est massif. Et surtout, il est connu. Bruxelles ne reproche pas seulement à Meta un manque de moyens. Elle accuse l’entreprise de ne pas avoir pris la mesure des risques, avec des évaluations jugées “incomplètes” et une incapacité à protéger un public identifié comme particulièrement vulnérable.
Le cœur du problème est simple. Meta ne contrôle pas réellement l’âge. Meta ne veut pas vraiment le contrôler. Parce que le modèle économique repose sur l’attention. Et dans cette économie, chaque utilisateur compte, peu importe son âge réel. Le système de vérification actuel, basé sur de simples déclarations, n’est pas une faille technique. C’est un choix. Un choix rentable.
La Commission européenne va plus loin : les outils de signalement des comptes d’enfants sont jugés inefficaces, souvent sans conséquence réelle. Des comptes identifiés comme étant ceux de mineurs continuent d’exister, sans suppression systématique. Et les risques sont bien documentés. Exposition à des contenus inappropriés, mécanismes addictifs, vulnérabilité accrue aux dynamiques de harcèlement… Les plateformes ne sont pas neutres. Elles amplifient.
Des travaux académiques montrent d’ailleurs que les comptes identifiés comme jeunes sont exposés plus rapidement à des contenus problématiques que des profils adultes, preuve que les systèmes de recommandation restent structurellement défaillants. Dans ce contexte, la défense de Meta est devenue classique : le problème serait “complexe”, partagé par toute l’industrie, et techniquement difficile à résoudre. C’est en partie vrai. Mais c’est surtout une manière de gagner du temps. Car des solutions existent : vérification d’identité, authentification renforcée, systèmes tiers. Elles posent des questions de vie privée, mais elles existent. Le choix actuel consiste à ne pas les généraliser.
Pourquoi ?
Parce qu’elles réduiraient mécaniquement le nombre d’utilisateurs.
Et donc les revenus.
C’est là que le sujet dépasse Meta.
Le cas révèle une logique plus large : celle d’un internet où les règles existent, mais ne sont pas appliquées tant qu’elles ne menacent pas directement le modèle économique. Le Digital Services Act prévoit pourtant des sanctions lourdes, pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial.
Mais même cela semble intégré dans l’équation.
Payer plutôt que changer.
Le problème n’est donc pas seulement réglementaire. Il est structurel.
Tant que la croissance primera sur la protection, tant que l’engagement primera sur la sécurité, ce type de situation se reproduira.
Et dans cette équation, les mineurs ne sont pas une priorité. Ils sont une variable.
Photo : Pexels

