Air Antilles et la faillite d’une compagnie… et d’un modèle fragile

Air Antilles ne volera plus. Placée en liquidation judiciaire avec arrêt immédiat de son activité, la compagnie régionale disparaît après des mois d’agonie. Mais cette faillite dépasse largement le cas d’une entreprise.

Elle révèle un système à bout de souffle. Sur le papier, Air Antilles remplissait un rôle clé. Elle assurait les liaisons entre la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin ou Saint-Barthélemy, avec plus de 120 000 passagers transportés en 2025. Une compagnie essentielle à la continuité territoriale… mais structurellement fragile. Car la chute n’a rien de soudain.

Dès décembre 2025, ses avions sont cloués au sol après une suspension de licence par la Direction générale de l’aviation civile, pointant des défaillances de sécurité. Quelques semaines plus tard, la trésorerie s’effondre. L’entreprise déclare sa cessation de paiements et entre en redressement judiciaire en février 2026. Le diagnostic est clair : un passif de plus de 56 millions d’euros, aucune capacité de redressement, et des pertes persistantes.  

Même les tentatives de sauvetage échouent. Près de 20 millions d’euros d’argent public ont été injectés lors d’une relance en 2024. Mais aucun repreneur crédible ne s’est présenté. Les offres examinées ne garantissaient ni la viabilité économique, ni la sauvegarde des emplois. Résultat : fermeture immédiate, et plus d’une centaine de salariés laissés sur le carreau.

Mais le vrai problème est ailleurs. Le transport aérien régional, notamment dans les territoires insulaires, repose sur un équilibre quasi impossible : coûts élevés, dépendance aux subventions, faible rentabilité, contraintes réglementaires lourdes. Dès qu’un élément lâche, sécurité, financement ou gestion, tout s’effondre. Et dans ce cas précis, tout a lâché en même temps. Défaillances internes, modèle économique fragile, dépendance à l’argent public… la compagnie n’a jamais vraiment trouvé sa stabilité, malgré plusieurs tentatives de relance.

Au fond, cette liquidation pose une question simple. Peut-on vraiment maintenir des liaisons aériennes essentielles avec des modèles économiques aussi précaires ?

Air Antilles disparaît.
Mais le problème, lui, reste entier.

Photo : Air Antilles