iLearningEngines ou quand l’IA devient le nouveau terrain de jeu des fraudes boursières

L’histoire d’iLearningEngines résume parfaitement l’époque. Une startup positionnée sur l’intelligence artificielle, une promesse de révolution, une valorisation qui explose… puis l’effondrement. Et derrière, presque rien.

Selon l’acte d’accusation rendu public aux États-Unis, les dirigeants de l’entreprise auraient fabriqué “la quasi-totalité” de leur activité. Jusqu’à 90 % des 421 millions de dollars de revenus annoncés en 2023 seraient fictifs.  
Des clients inventés, des contrats falsifiés, et même des montages financiers où l’argent faisait des allers-retours pour simuler de vraies transactions. Le plus frappant, ce n’est pas la fraude. C’est qu’elle ait fonctionné.

L’entreprise est entrée en Bourse en 2024, atteignant une valorisation d’environ 1,5 milliard de dollars avant que des doutes émergent.  
Il a fallu l’intervention d’un short-seller pour commencer à fissurer le récit. Entre-temps, investisseurs, marchés et médias avaient déjà validé l’histoire. Ce cas révèle une faille bien plus large. L’IA est devenue un label. Un mot-clé qui attire le capital, justifie des valorisations, et réduit le niveau d’exigence critique. Dans ce contexte, la frontière entre innovation réelle et storytelling devient floue. Et certains en profitent.

Selon le FBI, plus de 22 000 plaintes liées à des fraudes utilisant l’intelligence artificielle ont été recensées en 2025, pour près de 900 millions de dollars de pertes. iLearningEngines n’est donc pas une exception. C’est un symptôme. Et Le problème n’est pas seulement technologique. Il est culturel.

Les marchés financiers sont aujourd’hui structurés autour de la promesse. On valorise des récits avant des résultats. L’IA accentue ce phénomène en rendant les projets plus difficiles à comprendre, donc plus faciles à embellir.

Et dans cet environnement, la vigilance arrive toujours trop tard.

iLearningEngines ne s’est pas effondrée parce qu’elle était frauduleuse. Elle s’est effondrée parce que quelqu’un a fini par vérifier.

C’est toute la différence.

Et c’est aussi tout le problème.

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