Arrêts maladie ou un système sous pression, entre abus assumés et dérives médicales

Le message de l’Assurance Maladie n’a rien d’anodin. Si elle rappelle aujourd’hui qu’un arrêt de travail est un traitement comme un médicament et non une autorisation de vacances, c’est parce que l’usage a dérivé. Et les chiffres confirment que le problème n’est plus marginal.

En 2025, plus de 723 millions d’euros de fraudes ont été détectés et stoppés par l’Assurance Maladie, en hausse de 15 % selon ses propres données. Parmi ces fraudes, près de 49 millions concernent directement les arrêts de travail. Et la tendance s’accélère : les montants liés aux faux arrêts ont explosé, passant de 17 millions en 2023 à plus de 42 millions en 2024 selon plusieurs analyses.

Ce ne sont pas des cas isolés.

Près de 9 700 dossiers frauduleux liés aux arrêts ont été identifiés en 2025, avec plus de 6 500 sanctions financières prononcées. Et derrière ces chiffres, une réalité plus brutale : une banalisation progressive de l’arrêt maladie.

Côté salariés, les dérives existent. Arrêts de complaisance, activités dissimulées pendant un arrêt, achats de faux certificats en ligne. L’Assurance Maladie évoque même une “industrialisation” de certains systèmes frauduleux, notamment via internet. Le dispositif est utilisé, dans certains cas, comme un outil de confort ou d’optimisation, loin de sa vocation médicale.

Mais réduire le problème aux seuls assurés serait trop simple.

Les médecins sont directement concernés. Une partie des abus repose sur des prescriptions trop faciles, parfois sous pression, parfois par habitude. La fraude liée aux professionnels de santé représente d’ailleurs une part majeure des montants détectés globalement selon plusieurs analyses. Autrement dit, le système ne dérape pas seul : il est alimenté.

Et le coût est collectif.

Les arrêts maladie représentent déjà des milliards d’euros chaque année, avec une hausse continue depuis plus d’une décennie. Dans un système financé par tous, chaque dérive fragilise l’ensemble.

C’est là que le sujet devient politique.

Car plus les abus se multiplient, plus la légitimité du système s’érode. Ce qui était un droit devient suspect. Ce qui était une protection devient un coût.

Le rappel de l’Assurance Maladie est donc moins pédagogique que défensif.

Il ne s’agit plus seulement d’expliquer.
Il s’agit de reprendre le contrôle.

Photo : ameli.fr