Michael : plus une hagiographie qu’un biopic

Quand on prétend raconter Michael Jackson sans affronter ses ombres, on ne réalise plus un biopic : on fabrique une hagiographie.

C’est tout le problème de Michael. Le film ne cherche pas à comprendre un homme, mais à préserver une icône. Antoine Fuqua filme moins un destin qu’une canonisation. Chaque scène semble pensée pour protéger la légende, jamais pour interroger la vérité. Michael n’y apparaît pas comme un être contradictoire, mais comme un monument sacré.

Jaafar Jackson est pourtant bien dans le rôle. La ressemblance est troublante : il est son neveu, la gestuelle presque parfaite. Il restitue la présence scénique avec une précision rare. Mais l’imitation ne suffit pas à faire du cinéma, du moins du bon cinéma. Reproduire une silhouette ne remplace pas l’exploration majeure pour un Michael Jackson de…son âme.

Le film préfère la chorégraphie à la complexité voire l’ambiguïté du personnage. Tout est lissé, sécurisé, validé. Les performances sont brillantes, mais il manque l’essentiel , il manque la faille. Michael Jackson fascinait justement parce qu’il incarnait la contradiction absolue l’enfant blessé, le génie absolu, la paranoïa, l’obsession de pureté, la chute publique. Retirer ça, c’est retirer le cœur même du personnage.

Le choix le plus révélateur reste l’arrêt du récit en 1988. Le film s’interrompt avant les accusations, avant la décomposition publique, avant que la star ne devienne un mythe tragique. On conserve l’ascension, on supprime le vertige. Autrement dit : on garde la statue, on retire l’homme.

Même la violence du père, pourtant bien présente à l’écran, reste traitée de manière superficielle. Le film montre Joe Jackson brutal, autoritaire, humiliant, mais comme un passage obligé du récit, presque une case à cocher dans la mythologie Jackson. Il ne va jamais jusqu’aux conséquences profondes de cette violence que sont la peur, la dissociation, l’obsession du contrôle, la destruction intime. Montrer n’est pas explorer. Ici, la violence sert à nourrir la légende du génie forgé dans la souffrance plutôt que comprendre la fracture psychologique de l’homme et ses côtés….obscures.

Et puis il y a l’absence la plus choquante…Janet Jackson. Comment raconter Michael sans Janet ? C’est impossible ! Elle n’est pas un personnage secondaire. Dans la famille Jackson, seuls Michael et Janet sont devenus de vraies stars mondiales, les autres sont restés dans leur ombre. Janet est l’autre moitié du miroir. Même père, même violence, même système familial, mais une autre trajectoire.
Janet rappelle que la dynastie Jackson n’est pas une légende dorée mais une architecture de blessures.

Son absence n’est pas un oubli, c’est un aveu.
Sans Janet, sans les fractures familiales pleinement assumées, le film devient une version officielle, propre, presque… notariale. On protège l’héritage, on évite le risque, on neutralise tout ce qui pourrait troubler la dévotion. Le paradoxe est cruel car plus le film cherche à sauver Michael Jackson, plus il l’affaiblit.

Car Michael n’avait pas besoin d’un avocat. Il avait besoin d’un cinéaste.
Un biopic affronte. Une hagiographie excuse.

Ici, le cinéma a choisi la canonisation plutôt que la vérité, et c’est bien dommage. On aurait presque préféré un Spike Lee derrière la caméra qu’Antoine Fuqua avec moins de révérence, plus de nerf, plus de… vérité.

Photo : Universal

Sortie en salles le 22 avril 2026

Réalisé par Antoine Fuqua

Note de la rédaction : 2/5