Gaza : 60 milliards pour reconstruire un territoire dévasté
Le chiffre donne le vertige. Plus de 60 milliards d’euros seraient nécessaires pour reconstruire la bande de Gaza d’ici 2036, selon des estimations conjointes de l’ONU, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Mais derrière ce montant, c’est une réalité bien plus profonde qui se dessine : celle d’un territoire dont les fondations mêmes ont été détruites.
Depuis octobre 2023, les destructions ont atteint une ampleur inédite. Plus de 370 000 logements ont été touchés, des quartiers entiers ont disparu, et plus de la moitié des hôpitaux ne fonctionnent plus. L’éducation est également à l’arrêt, avec une grande majorité des écoles détruites ou inutilisables. Ce n’est pas seulement une reconstruction matérielle, c’est une reconstruction totale d’une société.
Mais reconstruire Gaza ne dépend pas uniquement de l’argent.
L’histoire récente montre que les efforts de reconstruction dans l’enclave ont toujours été fragiles. Après les conflits précédents, des milliards avaient déjà été investis, souvent ralentis par les blocages politiques, les restrictions sur les matériaux ou les tensions persistantes entre Israël et le Hamas. Résultat : des infrastructures reconstruites… puis à nouveau détruites quelques années plus tard.
C’est là toute la question.
Peut-on reconstruire durablement sans solution politique ? Probablement pas.
Les institutions internationales évoquent déjà un processus long, potentiellement sur plus d’une décennie. Mais ce calendrier suppose une stabilité qui, pour l’instant, n’existe pas. Sans gouvernance claire, sans garanties de sécurité et sans cadre diplomatique solide, ces milliards risquent de rester théoriques ou d’être investis dans des projets vulnérables.
Et il y a un autre enjeu, plus discret : celui du financement.
Qui paiera réellement ? Les États occidentaux, les pays du Golfe, les institutions internationales ? Et surtout, avec quelles conditions ? Car reconstruire Gaza, c’est aussi décider de son futur modèle économique, politique et social.
Au fond, ces 60 milliards posent une question simple.
Reconstruit-on Gaza pour réparer le passé… ou pour tenter, enfin, de changer l’avenir ?
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