Fintech : enfin rentables… ou simplement rattrapées par la réalité ?
- Eurosmag
- 14/04/2026
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Pendant des années, la fintech a vécu sous perfusion. Croissance à tout prix, levées de fonds massives, promesses de disruption. La rentabilité ? Un détail. Aujourd’hui, le récit change brutalement : en 2025, plus d’une fintech sur deux est rentable parmi les principales françaises, avec plus de la moitié affichant un EBITDA positif.
Sur le papier, c’est un tournant. Dans les faits, c’est surtout un rattrapage.
Car cette bascule n’est pas née d’un succès soudain, mais d’un choc. Depuis 2022, l’argent facile a disparu. Les levées de fonds ont chuté, et les fintechs ont été contraintes de faire ce qu’elles repoussaient depuis dix ans : devenir rentables. Moins de croissance à tout prix, plus de discipline, plus de revenus récurrents, plus de contrôle des coûts.
Autrement dit, la rentabilité n’est pas une victoire. C’est une adaptation.
Ce qui rend ce moment intéressant, c’est ce qu’il révèle sur la maturité du secteur. Pendant longtemps, la fintech s’est construite contre les banques, en promettant plus de simplicité, plus de transparence, moins de friction. Mais en devenant rentables, ces entreprises se rapprochent progressivement du modèle qu’elles critiquaient.
Et cette contradiction commence à se voir côté utilisateur.
Car si ouvrir un compte chez Revolut ou une autre application est devenu presque instantané, en sortir est une autre histoire. L’expérience utilisateur, si fluide à l’entrée, devient nettement plus complexe à la sortie. Chez Revolut Business par exemple, quitter la plateforme implique de fermer un à un ses différents produits : compte courant, épargne, crypto, trading. Et certains éléments ne sont même pas accessibles depuis l’application. La fermeture de l’épargne, par exemple, nécessite de passer par le site web, dans des menus peu visibles.
Ce n’est pas un bug. C’est un design.
Dans l’industrie, on appelle cela du “dark pattern” : des parcours pensés pour rendre certaines actions, comme quitter un service, plus difficiles. Une logique déjà bien installée dans d’autres secteurs, et qui s’installe progressivement dans la fintech.
C’est là que le récit de la “révolution” se fissure.
Car à mesure que ces entreprises deviennent rentables, elles adoptent aussi les logiques classiques du secteur financier : maximiser la rétention, complexifier la sortie, allonger la durée de vie client. L’expérience n’est plus seulement pensée pour séduire, mais pour garder.
La rupture devient intégration.
Mais il y a un angle mort dans ce discours sur la maturité.
D’abord, cette rentabilité reste concentrée chez les plus gros acteurs, tandis qu’une partie de l’écosystème reste fragile. Ensuite, elle repose sur des modèles sensibles au cycle économique. Enfin, elle pose une question plus fondamentale : la fintech est-elle encore un espace d’innovation, ou simplement une nouvelle interface pour des pratiques anciennes ?
Car au fond, le paradoxe est là.
Ces entreprises ont gagné en crédibilité, en stabilité, en revenus.
Mais en chemin, elles ont aussi perdu une partie de ce qui faisait leur promesse initiale : la simplicité réelle.
Et c’est peut-être ça, la vraie maturité.
Photo : DR

