Projet Dernière Chance : Ryan Gosling, seul face au vide… et au cinéma

Il y a des films qui racontent une histoire. Et puis il y a ceux qui rappellent pourquoi on va encore au cinéma.

Projet Dernière Chance, porté presque entièrement par Ryan Gosling, appartient à cette seconde catégorie. Adapté du roman Project Hail Mary d’Andy Weir, le film repose sur un pari risqué : celui d’un acteur seul à l’écran, enfermé dans un récit scientifique, technique, potentiellement froid. Sur le papier, tout pouvait échouer. Dans les faits, c’est l’inverse qui se produit.

Ryan Gosling ne porte pas seulement le film, il le rend possible. Sa présence capte, maintient, relance. Il joue sur un fil constant entre humour et gravité, entre solitude et émerveillement. Son timing comique, précis sans jamais être forcé, vient alléger un récit qui aurait pu devenir étouffant. Et surtout, il installe quelque chose de plus rare : une sincérité. Le film surprend moins par son intrigue que par la sensation qu’il provoque. Une forme de redécouverte. À plusieurs reprises, il donne l’impression de retomber sur un cinéma qu’on croyait disparu — celui qui assume à la fois le spectaculaire et l’intime, le vertige visuel et l’émotion simple.

La comparaison avec The Martian s’impose naturellement. Même isolement, même rapport à la science, même tension narrative. Mais là où Ridley Scott proposait un récit maîtrisé, presque clinique, Projet Dernière Chance se permet davantage. Plus d’émotion, plus d’irrationnel, plus de cœur. Visuellement, le film impressionne sans chercher à écraser. Les séquences spatiales, notamment, jouent sur une esthétique lumineuse, presque contemplative, où le temps semble se dilater. Le montage articule habilement passé et présent, construisant un récit où chaque choix pèse, où chaque décision engage une vie entière. Ce qui frappe, surtout, c’est l’équilibre.

Le film parvient à rester accessible sans simplifier, ambitieux sans devenir démonstratif. Il assume une dimension scientifique tout en la rendant profondément humaine. Derrière l’enjeu — sauver ce qui peut encore l’être — il y a un personnage, ses doutes, ses renoncements, ses élans. Et c’est peut-être là sa réussite principale. Dans une industrie dominée par les franchises et les formules, Projet Dernière Chance ressemble à une anomalie. Un blockbuster qui ne repose ni sur la nostalgie, ni sur la répétition, mais sur une idée simple : faire ressentir quelque chose. Il ne cherche pas à impressionner en permanence. Il prend le temps. Il laisse exister ses silences, ses hésitations, ses moments de suspension. Et dans ces instants, il touche juste. 

Ce n’est pas un film parfait. Mais c’est un film qui rappelle qu’un grand spectacle peut encore être habité.

Et dans le paysage actuel, ce n’est pas rien.

Note de la rédaction : 4/5

Réalisé par : Phil Lord & Christopher Miller 

Sortie en france le 18 mars 2026 

Photo : Sony Pictures