Égalité salariale : pourquoi l’écart refuse de disparaître

L’écart salarial entre femmes et hommes diminue. Mais à un rythme qui ressemble davantage à une lente érosion qu’à une véritable transformation.

Une étude récente publiée en 2025 par l’INSEE et la Dares a remis le sujet sur la table : au rythme actuel, l’écart salarial entre femmes et hommes en France mettrait plusieurs décennies à disparaître. Certaines projections évoquent même la fin du siècle avant d’atteindre une réelle égalité.

Les chiffres les plus récents montrent qu’en France, les femmes gagnent encore en moyenne 22,2 % de moins que les hommes dans le secteur privé. En clair, cela représente environ 21 340 € par an pour les femmes contre 27 430 € pour les hommes.

On répète souvent que cet écart s’explique par le temps partiel ou les interruptions de carrière. C’est vrai — mais seulement en partie. À temps de travail équivalent, l’écart reste d’environ 14 %.

Autrement dit, même lorsque les conditions sont comparables, les femmes continuent de gagner moins.

Le phénomène devient encore plus visible lorsqu’on regarde le sommet de l’échelle salariale. Les femmes représentent 42 % des emplois du secteur privé, mais seulement 24 % des 1 % de salariés les mieux rémunérés, c’est-à-dire ceux qui gagnent plus de 10 000 € nets par mois environ.

Le problème n’est donc pas seulement l’écart de salaire moyen.

C’est l’accès aux très hauts revenus.

Plus on monte dans la hiérarchie salariale, plus les femmes disparaissent.

Ce phénomène est souvent résumé par l’expression « plafond de verre ». Mais la formule est presque trompeuse : un plafond suggère une barrière nette. La réalité ressemble plutôt à une série de filtres successifs. Moins de promotions, moins de postes de direction, davantage d’interruptions de carrière liées à la parentalité.

Résultat : les écarts s’accumulent année après année.

Cette mécanique explique pourquoi les inégalités salariales augmentent avec l’âge. Au début de la vie professionnelle, les différences sont relativement limitées. Mais à la fin d’une carrière, l’écart peut dépasser 20 %.

Autrement dit, l’inégalité salariale n’est pas un accident ponctuel.

C’est un phénomène cumulatif.

Face à ce constat, les entreprises et les gouvernements multiplient les dispositifs. En France, l’index d’égalité professionnelle, instauré en 2018, oblige les entreprises à mesurer leurs écarts de rémunération. Sur le papier, l’outil est censé pousser les entreprises à corriger les déséquilibres.

Dans la pratique, les résultats sont plus ambigus.

Beaucoup d’entreprises obtiennent des scores élevés tout en conservant des écarts importants dans certaines fonctions ou niveaux hiérarchiques. L’index mesure des indicateurs précis, mais il ne transforme pas automatiquement les structures de carrière.

Pourtant, une partie du problème pourrait aussi être réglée plus frontalement par la loi. Certains pays ont commencé à expérimenter des mesures beaucoup plus contraignantes : obligation de transparence totale sur les salaires, sanctions financières pour les entreprises où les écarts persistent, ou encore quotas dans les postes de direction. L’Union européenne a d’ailleurs adopté en 2023 une directive sur la transparence salariale, qui doit être transposée dans les États membres d’ici 2026. L’objectif est simple : rendre visibles les écarts pour obliger les entreprises à les corriger. Mais comme souvent en matière d’égalité professionnelle, la loi peut créer des règles — elle ne suffit pas toujours à transformer les pratiques.

Et c’est peut-être là que se situe le véritable problème.

Car l’inégalité salariale ne vient pas seulement des salaires. Elle vient aussi de la façon dont le marché du travail distribue les rôles. Les secteurs les mieux rémunérés — finance, technologie, conseil — restent largement masculins. À l’inverse, les métiers les plus féminisés sont souvent les moins valorisés économiquement.

On peut donc réduire l’écart de salaire à poste équivalent tout en conservant des inégalités globales.

C’est ce qui rend le progrès si lent. Depuis trente ans, l’écart salarial a reculé d’environ dix points. Une amélioration réelle, mais à ce rythme, certains économistes estiment que l’égalité complète ne serait atteinte qu’autour de 2069.

Autrement dit : plusieurs décennies encore.

L’égalité salariale n’est donc pas seulement une question de fiches de paie.

C’est une question de pouvoir économique.

Et tant que les femmes resteront minoritaires dans les postes les plus rémunérés et les plus influents, l’écart salarial continuera de se réduire… mais lentement. Très lentement.

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