Le monopole français

La concurrence est une bonne idée mal exécutée en France. Électricité, train, aviation, télécoms : ce sont des secteurs où la compétition existe, mais elle est faussée. Il y a quelques semaines, l’État français a glissé quelques lignes de dernière minute dans son budget, adopté à grand-peine via le 49.3. Il accordait ainsi à Air France 700 millions d’euros sous forme d’abandon de prêt. Un peu auparavant, il avait offert environ 100 millions d’euros à Corsair. Pour autant, ces compagnies ne vont ni mieux se gérer, ni faire profiter les passagers des largesses de leur pays d’origine. Non : les tarifs d’Air France restent prohibitifs, et ses avions sont remplis de classes affaires proposées à des prix fous.

Bruxelles, censée veiller sur l’Europe et la saine concurrence, ferme les yeux — ou fait semblant de taper du poing sur la table. En échange, la France avale toutes les couleuvres qui plombent son économie depuis trop longtemps. La Pologne, l’Espagne, l’Italie, le Portugal progressent. La France, elle, recule.

La concurrence est pourtant un outil de régulation du marché redoutablement efficace. Air Tahiti, en situation de monopole sur la Polynésie française depuis des lustres, a vu débarquer Air Moana. « Les prix ont chuté de 30 % depuis », explique un chef d’entreprise local, bien content de réduire ses frais de transport. On nous rétorquera qu’Air Antilles a, une fois de plus, fait faillite et qu’Air Caraïbes vole désormais seule entre les îles. Certes — mais cette dernière est privée. Le pire, c’est qu’Air Antilles a englouti de l’argent public dans une fuite en avant insensée.

Du côté des télécoms, la France bénéficie d’abonnements à des prix compétitifs. Mais voilà que là où SFR, Orange, Free et Bouygues Télécom se livrent une guerre féroce, l’État s’apprête à laisser les trois concurrents de SFR le racheter, s’en partager les morceaux — et augmenter leurs prix bien tranquillement. Les protagonistes travaillent d’arrache-pied, car un tel accord prend du temps, et l’on ne sait pas qui occupera l’Élysée demain. Si c’est Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, ils voudront préserver le pouvoir d’achat des Français. Les dirigeants actuels, eux, sont réputés bien plus réceptifs aux sirènes du capitalisme.

En France, la politique a un poids décisif sur l’économie du pays. C’est peut-être là qu’il faut chercher les raisons du déclin.

Crédit photo : IA