Vente controversée de LMB Aerospace
La décision du ministère de l’Économie français d’autoriser la vente de LMB Aerospace, PME française spécialisée dans des composants critiques pour l’aéronautique et la défense, à l’américain Loar Group a déclenché une vive controverse au sein des milieux politiques et industriels. Cette transaction, officialisée fin décembre 2025 pour un montant avoisinant les 367 millions d’euros, intervient contre l’avis explicite de la Direction générale de l’armement (DGA), une autorité française chargée d’évaluer les enjeux de souveraineté industrielle dans le secteur de la défense.
LMB Aerospace, fondée dans les années 1950 et basée en Corrèze, est connue pour ses ventilateurs électriques haute performance, ses systèmes de refroidissement et d’autres équipements essentiels intégrés à des plateformes stratégiques françaises, dont certains destinés aux avions militaires et aux sous-marins nucléaires. La DGA avait exprimé de fortes réserves, craignant que le transfert de contrôle à un acteur étranger n’affaiblisse la capacité de la France à maîtriser des technologies sensibles dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.
Pourtant, Bercy a décidé de valider l’opération, arguant qu’elle était accompagnée de garanties strictes visant à protéger les intérêts nationaux. Dans les conditions imposées par l’État français figure l’exigence d’un maintien substantiel des activités de LMB sur le territoire national, ainsi qu’une modernisation des capacités industrielles pour assurer le développement futur de ses savoir-faire. Une source citée dans les débats internes mentionne également l’acquisition par l’État, via l’Agence des Participations de l’État, d’une action de préférence donnant un droit de veto sur certaines décisions stratégiques, ce qui serait destiné à préserver des leviers de contrôle malgré le changement de propriétaire.
Malgré ces engagements, les critiques se multiplient. Du côté de l’opposition politique, plusieurs figures soulignent que cette cession constitue une érosion de la souveraineté industrielle française. L’un des arguments fréquemment évoqués est que la défense nationale ne devrait pas être tributaire de décisions de groupes étrangers, surtout dans un contexte où les tensions internationales exigent une autonomie technologique renforcée. Pour certains sénateurs et députés, même des accords de contrôle étroits ne compensent pas les risques liés à une dépendance accrue vis-à-vis d’intérêts étrangers.
Du côté des partisans de la décision, on défend l’idée que l’opération doit être vue sous l’angle économique et stratégique plus large. L’entrée d’un groupe américain dans le capital de LMB pourrait potentiellement injecter des ressources financières significatives, permettre d’accéder à des marchés internationaux plus vastes et renforcer l’innovation au sein de l’entreprise, ce qui pourrait bénéficier à long terme à l’ensemble de la filière aéronautique française. Ces partisans soulignent aussi le rôle que pourraient jouer des acteurs publics comme Bpifrance dans l’actionnariat, apportant ainsi un contrepoids national dans l’équation.
Cette transaction met en lumière les dilemmes persistants auxquels est confrontée la France en matière de politique industrielle et de souveraineté : comment concilier l’ouverture aux investissements étrangers, indispensables pour certains secteurs, avec la nécessité de préserver des technologies stratégiques au bénéfice de la défense et de la sécurité nationale ? Alors que le débat continue de s’intensifier à l’Assemblée nationale et au Sénat, cette affaire pourrait bien devenir un point de référence pour les futures décisions sur les ventes d’entreprises sensibles françaises.
Crédit photo : LMB AEROSPACE

