1er avril : le poisson d’avril à l’ère des fake news…et de l’IA

D’où vient cette tradition ? Le poisson d’avril remonterait au XVIe siècle, au moment où le passage du calendrier julien au calendrier grégorien aurait déplacé le début de l’année du 1er avril au 1er janvier. Ceux qui continuaient de célébrer l’ancien Nouvel An auraient été tournés en dérision, recevant de faux cadeaux ou de fausses invitations. Une blague, au départ. Une habitude, ensuite. Puis une tradition.

Le 1er avril reste, en apparence, un moment léger. Une tradition où l’on accepte de se faire piéger, où les médias, les marques et même les institutions s’autorisent à publier de fausses informations, assumées comme des blagues. Mais le contexte a changé.

Aujourd’hui, une fausse information ne circule plus seulement comme une plaisanterie. Elle circule dans le même flux que les vraies. Sur X, Instagram, TikTok ou WhatsApp, un “poisson d’avril” peut être partagé, découpé, reposté, jusqu’à perdre totalement son second degré. Très vite, ce qui était une blague devient une information plausible. Et l’intelligence artificielle amplifie ce phénomène.

Images générées, faux communiqués, vidéos truquées, voix clonées : les outils actuels permettent de produire des contenus extrêmement crédibles en quelques minutes. Là où un poisson d’avril reposait autrefois sur une exagération visible, il peut aujourd’hui s’appuyer sur un réalisme presque parfait. Une annonce d’entreprise, une déclaration politique, une vidéo virale :  tout peut sembler authentique. Le jeu change de nature.

Car une partie du public ne dispose pas toujours des outils pour distinguer rapidement le faux du vrai, surtout lorsque la blague est bien exécutée. Ce n’est pas une question de naïveté, mais de contexte : nous évoluons dans un environnement où la désinformation circule déjà toute l’année. Le 1er avril ne crée pas la confusion. Il la renforce.

Pour les médias, la situation est encore plus délicate. Publier volontairement une fausse information, même dans un cadre humoristique, entre en tension avec leur mission principale : informer de manière fiable. Certaines rédactions continuent de jouer le jeu, d’autres s’en éloignent progressivement, conscientes du risque. Car la crédibilité est fragile. Un contenu trompeur, même assumé, peut être repris hors contexte et contribuer à nourrir une défiance déjà existante. Dans un moment où la confiance envers les médias est régulièrement questionnée, la frontière entre humour et information devient plus sensible. Cela ne signifie pas qu’il faut abandonner le 1er avril. Mais qu’il faut l’adapter.

Peut-être en rendant les blagues plus clairement identifiables. Peut-être en évitant certains sujets sensibles. Peut-être, surtout, en prenant en compte le fait que l’information ne reste plus là où elle est publiée. Le poisson d’avril, aujourd’hui, ne se limite plus à une audience locale ou à un instant précis. Il peut devenir viral, global, et durable.

Et dans un monde où l’IA rend le faux toujours plus crédible, la question n’est plus seulement de savoir si une blague est drôle.

Mais si elle restera une blague.

Photo : IA