Quand la science quitte l’État
- Eurosmag
- 29/06/2026
- À la une, L’actu
- À la une, Entreprises
- 0 Comments
Longtemps, les bibliothèques ont été les gardiennes du savoir. Aujourd’hui, ce sont parfois des associations qui sauvent les archives publiques. Le lancement de Climate.us par d’anciens employés de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, la NOAA, dépasse largement le simple remplacement d’un site internet disparu. Il marque une évolution plus profonde où la conservation des connaissances scientifiques dépend de plus en plus de la société civile plutôt que des institutions publiques.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les coupes budgétaires et les suppressions de postes se sont multipliées dans les agences fédérales chargées de la recherche. Selon plusieurs médias américains, près de 120 000 emplois ont été supprimés dans différentes administrations scientifiques. Climate.gov, référence incontournable pour les enseignants, journalistes, collectivités locales et chercheurs, a progressivement cessé ses activités avant d’être redirigé vers une page beaucoup plus limitée.
Face à cette disparition, Rebecca Lindsey, ancienne responsable éditoriale de Climate.gov, et plusieurs collègues licenciés ont décidé de reconstruire eux mêmes la plateforme. Leur nouveau site, Climate.us, rassemble environ quinze années de données climatiques et météorologiques, des rapports scientifiques, des cartes interactives, des ressources pédagogiques et les évaluations nationales du climat commandées par le gouvernement américain. Plus de 80 scientifiques bénévoles participent à la relecture des contenus afin d’en garantir la rigueur. Le projet a déjà levé environ 250 000 dollars grâce à plus de 2 500 petits donateurs.
L’histoire est révélatrice d’un phénomène plus vaste. Internet avait promis un accès universel au savoir. Pourtant, lorsque les gouvernements ferment un site ou modifient une politique, des années de travail peuvent devenir invisibles en quelques clics. Les données existent toujours sur des serveurs publics, mais sans portail accessible, elles deviennent pratiquement inutilisables pour le grand public.
Le véritable enjeu n’est donc pas seulement climatique. Il est démocratique. Une démocratie repose autant sur la liberté d’expression que sur la possibilité d’accéder à des informations fiables pour comprendre le monde. Lorsque la préservation de ce patrimoine scientifique dépend de dons privés et de bénévoles, une question s’impose. Jusqu’où un État peut il se retirer de la production et de la diffusion du savoir sans fragiliser le débat public lui même ?
Photo : DR

