Quand Dua Lipa défend les livres interdits

À première vue, l’ouverture d’une bibliothèque par une star de la pop peut sembler n’être qu’un simple coup de communication. Pourtant, l’initiative de Dua Lipa à Porto dépasse largement cet objectif. Elle s’inscrit dans un contexte où les livres sont redevenus un enjeu culturel, politique et parfois même idéologique.

Installée au sein de la mythique Livraria Lello, la Manifesto Library est la première incarnation physique de Service95, le club de lecture créé par la chanteuse en 2021. La collection rassemble cent ouvrages ayant été interdits, censurés ou contestés dans différents pays. Les livres sont répartis autour de quatre thèmes, le pouvoir, le contrôle, la voix et la mémoire. Parmi eux figurent La Servante écarlate de Margaret Atwood, Felon de Reginald Dwayne Betts ainsi que des œuvres de Salman Rushdie et d’Olga Tokarczuk.  

L’initiative intervient dans un contexte où la censure connaît un regain préoccupant. Aux États-Unis, l’Association américaine des bibliothèques a recensé 4 240 ouvrages retirés ou contestés dans les écoles et bibliothèques publiques en 2023, un record historique. Les livres traitant des questions de race, d’identité de genre, de sexualité ou d’histoire sont les plus visés. Dans de nombreux autres pays, des écrivains continuent d’être poursuivis, emprisonnés ou contraints à l’exil pour leurs textes.  

Ce qui distingue le projet de Dua Lipa est qu’il ne cherche pas à sacraliser les livres interdits. Il invite plutôt les visiteurs à s’interroger sur les raisons qui conduisent une société à vouloir faire disparaître certains récits. Comme l’explique la chanteuse, cette bibliothèque est un sanctuaire pour les ouvrages effacés et pour les auteurs qui ont eu le courage de remettre en cause les structures de pouvoir. Selon elle, lire puis discuter d’un livre demeure un acte profondément subversif.  

Cette évolution illustre aussi un changement plus large dans le rôle des célébrités. Là où beaucoup se limitent à promouvoir des produits, certaines utilisent désormais leur influence pour remettre la culture au centre du débat public. La Manifesto Library ne résoudra pas la crise de la lecture ni celle de la censure. Mais elle rappelle une vérité souvent oubliée. Les livres ne sont jamais dangereux pour ce qu’ils disent. Ils le deviennent pour ceux qui craignent les questions qu’ils poussent les lecteurs à se poser.

Photo : dualipa.com