La France déclare enfin la guerre à la mode jetable et polluante

Deux ans après son dépôt à l’Assemblée nationale, la loi contre l’ultra fast fashion est enfin arrivée au terme de son parcours législatif. Ce lundi 29 juin, le Parlement français a définitivement adopté un texte présenté comme une première mondiale. Mais derrière cette victoire politique se cache une réalité plus complexe. Au fil des débats, des amendements et des pressions du secteur textile, le projet a perdu une partie de son ambition initiale.

Le texte cible principalement les plateformes d’ultra fast fashion comme Shein, Temu et AliExpress. Il prévoit l’interdiction de leur publicité, y compris par l’intermédiaire des influenceurs, ainsi que la mise en place d’un système de pénalités environnementales progressives. Dès 2026, ces sanctions pourront atteindre 5 euros par produit avant de grimper jusqu’à 10 euros en 2030, dans la limite de 50 pour cent du prix de vente hors taxe. Les marques devront également afficher des messages encourageant la réparation, le réemploi et une consommation plus sobre. Ces mesures entreront progressivement en vigueur après la promulgation de la loi et la publication des décrets d’application.

L’urgence est réelle. Selon le Parlement européen, l’industrie textile est responsable d’environ 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Chaque Européen achète en moyenne près de 19 kilogrammes de vêtements par an et en jette environ 16. Dans le monde, près de 92 millions de tonnes de déchets textiles sont produites chaque année, tandis que moins de 1 pour cent des fibres sont recyclées pour fabriquer de nouveaux vêtements.

Shein est devenu le symbole de cette dérive. L’entreprise met en ligne plusieurs milliers de nouveaux articles chaque jour afin d’alimenter des algorithmes conçus pour stimuler les achats impulsifs. En 2023, son propre rapport de durabilité évaluait ses émissions à 16,7 millions de tonnes de CO₂, un niveau comparable aux émissions annuelles de certains États. L’objectif n’est plus de vendre des vêtements mais de créer une consommation permanente où une robe portée une fois devient déjà obsolète.

Pour autant, la loi suscite déjà des critiques. Sous la pression des industriels, les grandes enseignes européennes comme Zara, H et M, Kiabi ou Primark ont été largement épargnées, alors que leur modèle repose lui aussi sur une production de masse et un renouvellement incessant des collections. Plusieurs associations environnementales dénoncent un texte qui s’attaque aux symptômes les plus visibles sans remettre en cause le fonctionnement global de l’industrie.

Cette loi constitue malgré tout un signal fort. Pour la première fois, un pays tente de faire payer le coût environnemental d’un modèle qui s’est construit sur des vêtements à quelques euros. Reste désormais à savoir si cette initiative ouvrira la voie à une réforme européenne ou si elle restera une exception face à une industrie qui a fait de la surconsommation son principal moteur.

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