Pourquoi Washington veut affaiblir la Cour pénale internationale

C’est une offensive diplomatique qui pourrait avoir des conséquences bien au delà des États Unis. L’administration Trump a officiellement lancé une campagne visant à affaiblir la Cour pénale internationale, l’institution installée à La Haye chargée de poursuivre les auteurs présumés de génocides, crimes contre l’humanité et crimes de guerre lorsque les juridictions nationales ne peuvent ou ne veulent pas agir. Reconnue par 125 États, la CPI est aujourd’hui au cœur d’un bras de fer inédit avec Washington. 

À l’origine de cette nouvelle escalade se trouve Marco Rubio. Le secrétaire d’État américain accuse la Cour de menacer la souveraineté des États Unis en revendiquant la possibilité d’enquêter sur des militaires ou des responsables américains pour des faits commis à l’étranger. Washington annonce vouloir faire pression sur les États membres afin qu’ils réduisent leur coopération avec la CPI, tout en envisageant de nouvelles sanctions, restrictions de visas et mesures financières contre les responsables de l’institution et ceux qui la soutiennent. 

Le contexte explique largement cette décision. Les relations entre les États Unis et la Cour se sont fortement dégradées après les mandats d’arrêt délivrés contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et d’autres responsables israéliens pour des crimes présumés commis dans la guerre à Gaza. Israël n’est pas membre de la CPI, tout comme les États Unis, mais la Cour estime pouvoir exercer sa compétence lorsque les faits concernent un territoire ayant reconnu son autorité, en l’occurrence les territoires palestiniens. C’est précisément cette interprétation que Washington conteste. 

L’Union européenne a rapidement réagi en réaffirmant son soutien à la Cour, rappelant que celle ci ne juge pas des États mais des individus soupçonnés des crimes internationaux les plus graves. Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent également une tentative de fragiliser l’un des principaux mécanismes de justice internationale. 

Au fond, cette confrontation dépasse le seul dossier israélien. Elle pose une question fondamentale. Une justice internationale peut elle réellement fonctionner lorsque certaines des plus grandes puissances refusent de reconnaître son autorité ? La CPI a été créée pour éviter que les auteurs des crimes les plus graves échappent à toute poursuite. Mais tant que les grands États pourront choisir les juridictions qu’ils acceptent ou rejettent, le droit international continuera de se heurter aux rapports de force géopolitiques.

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