Quand un pays manque de dollars, il se tourne vers les cryptomonnaies
La Bolivie s’apprête peut être à franchir une étape inédite. Confronté à une pénurie chronique de dollars, le pays étudie l’intégration du stablecoin USDT de Tether dans son système national de paiement. Si le projet aboutit, la Bolivie deviendrait l’un des premiers États à utiliser officiellement une cryptomonnaie indexée sur le dollar pour faciliter les paiements du quotidien.
Ce choix ne traduit pas un enthousiasme soudain pour la blockchain. Il est avant tout le symptôme d’une crise économique profonde. Depuis plusieurs années, les réserves de change du pays s’effondrent tandis que la production de gaz naturel, longtemps principale source de devises, recule fortement. Les banques peinent à fournir des dollars, les importateurs rencontrent des difficultés pour régler leurs fournisseurs étrangers et les particuliers voient leur pouvoir d’achat fragilisé. Ces dernières semaines, le gouvernement a même abandonné le taux de change fixe qui liait le boliviano au dollar depuis quinze ans afin de tenter de rétablir l’équilibre économique.
Dans ce contexte, l’USDT apparaît comme une solution pragmatique. Contrairement au Bitcoin, dont le cours varie fortement, ce stablecoin est conçu pour maintenir une valeur proche d’un dollar. Plusieurs banques boliviennes proposent déjà des services liés à l’USDT et le gouvernement envisage désormais d’étendre son usage à l’ensemble du système de paiement national.
Cette évolution illustre un phénomène plus large. Les cryptomonnaies ne sont plus seulement des actifs spéculatifs destinés aux investisseurs. Dans certains pays confrontés à l’inflation, aux contrôles de capitaux ou aux pénuries de devises, elles deviennent progressivement une infrastructure financière alternative. La Bolivie avait déjà autorisé l’utilisation d’actifs numériques pour financer certaines importations d’énergie et de nombreuses petites entreprises les utilisent désormais pour leurs transactions internationales.
Mais cette stratégie soulève une question fondamentale. Lorsqu’un État commence à s’appuyer sur une monnaie numérique émise par une entreprise privée américaine plutôt que sur sa propre devise, il ne résout pas nécessairement son problème de souveraineté monétaire. Il le déplace.
La décision bolivienne montre finalement que l’avenir des cryptomonnaies se jouera peut être moins dans les pays riches que dans les économies en crise. Là où les institutions financières traditionnelles peinent à remplir leur rôle, les stablecoins cessent d’être une innovation technologique pour devenir une nécessité économique.
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