Quand Hollywood confie ses rôles à une intelligence artificielle

Le cinéma vient peut être de franchir une frontière que beaucoup espéraient ne jamais voir disparaître. Le studio britannique Particle6 a annoncé la production de Misaligned, présenté comme le premier long métrage porté par une actrice entièrement créée par intelligence artificielle. Son nom est Tilly Norwood. Elle n’a jamais vécu, n’a jamais joué sur une scène, n’a jamais appris son métier. Pourtant, elle sera la tête d’affiche d’un film produit par l’entreprise qui l’a conçue.

L’histoire suit une intelligence artificielle vivant dans le Tillyverse, un univers numérique où elle découvre progressivement les émotions, les désirs et les souvenirs humains. Le scénario fait directement référence au concept d’alignement de l’intelligence artificielle, c’est à dire la capacité d’un système à respecter les valeurs humaines. Aucune date de sortie n’a encore été annoncée.

Sur le plan technologique, l’exploit est indéniable. Les progrès de l’intelligence artificielle permettent désormais de générer des visages, des expressions, des voix et des performances suffisamment crédibles pour tenir un rôle principal. Après les images générées, les musiques composées par algorithme et les scénarios assistés par IA, c’est désormais l’interprétation elle même qui entre dans une nouvelle ère.

Mais cette évolution pose une question fondamentale. Que reste t il de l’art lorsque l’artiste disparaît ?

Le cinéma ne repose pas uniquement sur une image réaliste ou une voix convaincante. Il est le résultat d’une expérience humaine. Un acteur apporte ses émotions, son vécu, ses doutes, ses accidents et parfois même ses blessures personnelles à un personnage. Une intelligence artificielle peut imiter ces émotions. Elle ne les ressent pas.

Les syndicats d’acteurs et de réalisateurs alertaient déjà, lors des grandes grèves d’Hollywood en 2023, sur le risque de voir les studios remplacer progressivement les créateurs par des modèles numériques moins coûteux. L’annonce de Misaligned montre que cette inquiétude n’était pas théorique.

L’intelligence artificielle constitue un formidable outil lorsqu’elle accompagne les artistes, facilite les effets spéciaux ou accélère certaines tâches techniques. En revanche, lorsqu’elle commence à remplacer les créateurs eux mêmes, c’est toute la définition de l’œuvre artistique qui est remise en question.

Le cinéma n’a jamais été une simple démonstration technologique. Il est avant tout un regard humain sur le monde. À vouloir reproduire l’art sans artistes, l’industrie risque de découvrir qu’une émotion parfaitement simulée n’est pas forcément une émotion véritable.

Photo : tillynorwood.com