Fibre Excellence : la CGT prend les commandes, l’offre de reprise disparaît

Lundi prochain, un événement passé relativement inaperçu pourrait pourtant bouleverser le feuilleton industriel de Fibre Excellence. L’offre de reprise déposée par le management de l’entreprise devrait être retirée. Un détail ? Pas vraiment.

Depuis plusieurs semaines, la CGT et la présidente socialiste de la Région Occitanie, Carole Delga, ont repris la main sur le dossier. Avec le soutien affiché du financier Matthieu Pigasse, ils ont obtenu du tribunal de commerce de Toulouse un report de sa décision jusqu’au 6 juillet. L’objectif affiché : permettre l’émergence d’une nouvelle solution de reprise susceptible de sauver les deux usines et leurs quelque 600 salariés.

Mais un problème de taille se pose : l’offre actuellement sur la table appartient au management qui l’a construite, financée et déposée. Elle ne peut être simplement transmise comme un témoin de relais à un nouvel investisseur arrivé après la bataille. Son retrait oblige donc les nouveaux venus à repartir pratiquement de zéro.

Or le calendrier est implacable. En quelques jours, la nouvelle équipe devra analyser un dossier industriel particulièrement complexe, élaborer un plan d’affaires crédible, identifier des débouchés commerciaux et convaincre des financeurs d’apporter des capitaux considérables.

Car la réalité économique de Fibre Excellence ne se résume pas à un slogan politique ou à une conférence de presse. L’entreprise évolue sur un marché mondial extrêmement concurrentiel où les clients se gagnent parfois après plusieurs années de négociations. Les produits fabriqués ne se vendent pas par décret.

L’État peut certes agir sur certains paramètres. Il peut intervenir sur les mécanismes de soutien énergétique ou faciliter l’accès à certaines ressources forestières via l’ONF. En revanche, ni l’État ni les collectivités locales ne peuvent créer artificiellement une demande pour les produits de l’entreprise.

Selon plusieurs sources proches du dossier, certains scénarios envisagés reposeraient sur une évolution profonde du modèle industriel, notamment vers la production de pâtes absorbantes destinées aux produits d’hygiène. Une telle transformation nécessiterait des investissements considérables et plusieurs années d’exécution. Les risques financiers seraient alors majeurs.

Matthieu Pigasse dispose incontestablement des réseaux et de la surface financière nécessaires pour participer à une opération industrielle ambitieuse. Mais investir quelques millions d’euros et accepter des pertes récurrentes de plusieurs dizaines de millions par an sont deux réalités bien différentes.

Au-delà des aspects industriels, le dossier prend désormais une coloration de plus en plus politique. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, s’est fortement impliquée dans la recherche d’une solution alternative. Carole Delga en a fait un symbole de défense de l’emploi industriel. Matthieu Pigasse apporte son image et sa notoriété financière à l’opération.

Reste une question simple : s’agit-il d’une véritable tentative de redressement industriel ou d’une opération de communication politique destinée à démontrer que toutes les solutions ont été explorées ?

Pendant ce temps, le compteur tourne. Le report de la décision judiciaire n’est pas sans conséquence. Chaque semaine supplémentaire génère des coûts importants pour une entreprise déjà exsangue. Selon plusieurs estimations, le report accordé par le tribunal pourrait représenter plus de deux millions d’euros de charges additionnelles.

Autant de ressources qui ne pourront pas être consacrées à l’accompagnement social des salariés si une liquidation devait finalement être prononcée. Rapportée aux effectifs concernés, cette somme représente plusieurs milliers d’euros par salarié.

Le 6 juillet, le tribunal devra trancher. D’ici là, les salariés assisteront à une course contre la montre dont personne ne sait encore si elle débouchera sur une véritable solution industrielle ou sur le dernier épisode d’un feuilleton devenu éminemment politique.

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