Le Doliprane valait il mieux seul ?
Il y a un an, l’annonce avait déclenché une tempête politique. La vente de 50 % d’Opella, maison mère du Doliprane, au fonds américain CD&R était dénoncée comme un abandon de souveraineté industrielle. Ministres, syndicats et élus s’inquiétaient du sort du médicament préféré des Français.
Douze mois plus tard, le scénario catastrophe ne s’est pas produit. Mieux encore, Opella semble retrouver des couleurs depuis son indépendance. L’entreprise, devenue officiellement autonome en avril 2025 après la cession par Sanofi, affiche désormais des ambitions mondiales bien plus affirmées. Avec près de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, plus de 100 marques et 11 000 salariés, elle est aujourd’hui le troisième acteur mondial de l’automédication.
Le plus intéressant n’est pourtant pas la croissance retrouvée. C’est ce qu’elle révèle sur la stratégie de Sanofi.
Pendant des années, Doliprane a été considéré comme un joyau national. Mais pour Sanofi, le paracétamol n’était plus réellement l’avenir. Le laboratoire français voulait investir dans les traitements innovants, les vaccins et les médicaments à forte valeur ajoutée. La vente d’Opella lui a rapporté environ 10 milliards d’euros de liquidités pour financer cette transformation.
En réalité, le débat autour du Doliprane opposait deux visions de l’économie. D’un côté, une logique de souveraineté. De l’autre, une logique de spécialisation. Car aussi populaire soit il, le Doliprane reste un médicament ancien dont le brevet est tombé dans le domaine public depuis longtemps. Sa fabrication repose avant tout sur les volumes et l’efficacité industrielle. L’innovation, elle, se trouve ailleurs.
L’ironie est que l’indépendance pourrait finalement avoir renforcé Opella. Libérée des priorités d’un géant pharmaceutique davantage tourné vers la recherche médicale, l’entreprise peut désormais se consacrer entièrement à l’automédication. Son objectif est clair : développer mondialement des marques comme Doliprane, Allegra, Dulcolax ou Buscopan et accélérer fortement ses ventes en ligne.
Le Doliprane reste évidemment au cœur du modèle. En France, il représente encore environ 70 % des ventes d’Opella et près de 316 millions de boîtes ont été délivrées en 2024. Un chiffre colossal pour un produit vieux de plusieurs décennies.
Au fond, cette histoire raconte quelque chose de plus large. Pendant longtemps, beaucoup ont regardé Opella comme la filiale que Sanofi abandonnait. Un an plus tard, elle ressemble davantage à une entreprise qui avait simplement besoin d’exister seule pour révéler son véritable potentiel.
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